Carnet d'un médecin du travail

Partager ce que je découvre au coeur de mon métier

04 octobre 2005

Intérimaires (2).

   Première journée avec les intérimaires. Des interim choisis, des interim subis, des interims pour rebondir, se reconstruire après une expérience destructrice de travail.

   Une partie de mon questionnement sur les rapports entre les médecins, et le cadre reglementaire des visites a été vite résolu avec un bon dossier de l'INRS récapitulatif ("aide-mémoire juridique"). Les Entreprises de Travail Temporaire (ETT) ont leur propre médecin du travail, les Entreprises Utilisatrices(EU) le leur. Par contre, les visites faites par le médecin de l'ETT sont des visites d'embauche, annuelle, ou de reprise. La "surveillance médialce renforcée" est effectuée par le médecin de l'EU. AAAh.
Et pour les visites d'entreprises, les études de postes, on s'organise entre médecins, à condition d'avoir du temps pour se rencontrer ?...on verra.

   Cette journée s'est passée comme une journée de visite de salariés non intérimaires. De mon point de vue, plutôt bien. J'ai noté des choses à transmettre aux médecins des EU.

   J'ai rencontré un ingénieur en informatique qui ne voyait pas du tout les risques liés à l'organisation de travail, ne voyait pas du tout le rôle du médecin du travail dans le conseil sur cette organisation. La nuance que je lui est expliquée est la suivante: si les médecins du travail ne savent pas faire le métier de manager, et ce serait bien malhonnête de le dire, ils savent les techniques de management par le stress qui sont susceptibles d'entraîner des troubles sur la santé, et en cela, ils peuvent conseiller. Par ailleurs, ils peuvent aider dans certaines situations de travail en train de déraper avant de se rendre sur le terrain juridique. L'alarme donnée par un manager ou par un salarié par un situation de travail qui se cristallise peut mériter de s'arrêter avec quelqu'un qui se situe à l'extérieur, sur le champ de la santé. Et santé mentale aussi. Finalement, je crois qu'il est reparti avec cette idée que le médecin du travail n'est pas là pour l'aptitude seulement, ce sera déjà bien. Et si en plus, dans son travail futur de manager, il fait appel au médecin du travail quand il sent que cela lui échappe, j'estime que ce sera encore mieux. Reste à savoir si l'interlocuteur de ce jour-là sera disponible pour ça.

   Un intérimaire m'a expliqué que certains salariés intérimaires devait acheter leur tickets-restau à l'EU ...mais en liquide??? Aucune idée de ce que je dois faire de cette info, mais ça me parait bizarre, je sais que l'entreprise en question n'est pas extra mais pourquoi exiger du liquide pour des TR ? Pourquoi la salariée a été me dire ça - il y a surement une raison ...? Je ne vois pas de rapport direct avec la santé au travail, alors quel chemin ? Je me dis que je comprendrais plus tard.

   J'ai rencontré deux personnes agents de production industrielle, un de 37 ans ravi de son sort, me racontant comme il était malheureux chez le voisin d'en face, avec tous les plans licenciements (70 licenciements en même temps que le sien), avec la pression d'un grand groupe qui rachetait une entreprise familiale à échelle humaine, avec une dégradation du climat social et de santé mentale des "anciens" contre les "nouveaux". Alors, pour lui, ce boulot, génial. Le suivant, même entreprise, mais 23 ans, célibataire, plutôt en intérim pour rester un peu "nomade", disant pis que pendre de cette entreprise, dangereuse, sale, où on est mal traités et malpayés, etc. ...et même s'il lui proposent un CDI, il n'en veut surtout pas. Je veux introduire ici la subjectivité par rapport au travail, chacun son sens du travail, chacun vit avec ses expériences antérieures, ses exigences, ses besoins. Je les respecte tous les deux, j'ai noté les anomalies, et je ferai mon enquête pour avoir une idée du réel, de mon réel à moi, avec ma propre subjectivité. Par contre, il y a une chose que je pense profondément, c'est que les deux ont raison. Question de point de vue. Ma mission n'est pas de juger ce qui m'est livré avec d'ailleurs beaucoup de confiance, mais plutôt de sentir si leur santé est en danger du point de vue de la santé mentale, et sur le plan des risques, d'aller voir. J'irai.

Et le soir, cerise sur le gateau, appel de collègues pour un congrès de médecins du travail, histoire de contruire un métier ensemble, yeeeees !

Posté par sentinelle à 21:47 - Des rencontres - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 octobre 2005

Intérimaires...

Cette semaine, je dois voir des intérimaires, mais quid d'un vrai rôle de conseiller en santé au travail? Quelle connaissance réelle des postes et des entreprises ? Quelle validité de l'aptitude (qui de doute façon est quand même discutable) ?

Je sais que les intérimaires ont des statuts précaires, qu'ils sont généralement ceux à qui arrivent les accidents, non seulement parce que parfois, ils ne connaissent pas bien le poste, ça c'est la raison apparente qui arrange bien tout le monde. Mais en fait, on se doute bien que celui qui est le dernier arrivé, qui n'est là que depuis deux jours, ne va pas forcément avoir tout ce que les autres ont à ce poste: consignes de sécurité, infos sur les produits, et même parfois, pas d'équipements de protection. Quand en plus, ils ne peuvent pas vraiment refuser d'executer des tâches, alors qui les défendra ?

Et le médecin du travail, lui, doit continuer de répéter blablabla que les consignes de sécurité, blabla. Non, je n'écrit pas "blabla" pour discréditer ce type de pratiques, il en faut, mais, pour quelle efficacité ? Quel désir réel de protection de la santé des salariés - même intérimaires ?

Quelle conduite à tenir ? Alors j'ai décidé d'aller voir les postes, mais je vais faire comment pour les voir vraiment, ces postes pour les intérimaires, est ce qu'on va me les montrer ? est ce que je peux visiter des entreprises dont je n'ai pas la charge en réel puisqu'elle sont confiées à d'autres médecins? Quel poids ? Quels interlocuteurs?

Bon, je commence demain, j'écrirai une suite.

Posté par sentinelle à 10:34 - Des doutes - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

30 septembre 2005

Contenu des visites

Débutant dans le métier, je me demande le contenu des visites et leur sens. En fait, il y a deux contenus: une partie utilisée à un entretien de santé au travail: le poste de travail, la façon dont le salarié vit son poste dans cette entreprise, un dialogue sur les risques professionnels. L'autre partie, l'avis d'aptitude, partie plus délicate puisque cela vient à mon avis impacter le travail du médecin du travail alors que cela vient en contradiction avec ses missions de conseil. Un salarié est-il apte à son poste ou non? Et lààà, c'est quand même baucoup plus délicat, d'abord parce que la personne qui connait le mieux son poste, c'est le salarié, et pas le médecin, ensuite, parce que cette détermination d'aptitude devient encore plus délicate si le médecin examine quelqu'un qui ocupe un poste "de sécurité". Je pense que l'avis d'aptitude devrait disparaitre, cela rendrait plus saine la position de conseiller en santé au travail du médecin. sinon, il est conseiller, mais il est aussi celui qui peut emettre des avis sur l'aptitude...(?) et donc des inaptitudes.

Par ailleurs, je me demande quel exmaen physique est nécessaire dans le cadre de l'examen médical de salariés, la plupart du temps en bonne santé. En tout cas en bonne santé apparente. Rester sur le domaine de la santé au travail, mais alors comment?
Alors, je suis en train de construire quelquechose sur le sujet, ave l'aide d'autres médecins, pour essayer d'approcher de la manière la plus juste possible de ce qu'il faudrait faire. En fait, effectivement, je ne suis pas la seule à me poser ce genre de questions sur le sens de ce métier, ce qu'on y fait, pourquoi et comment. Et le fait de savoir que d'autres se posent la question me rassure quand même un peu.

Ce n'est pas de l'incompétence, c'est une recherche de qualité du service, et en dehors de toute démarche - heureusement - appelée "démarche qualité". A mon avis, les médecins ont bien intérêt à se préoccuper de la qualité réelle, et à réfléchir régulièrement à leur métier s'ils ne veulent pas se faire imposer la "Qualité".

Alors, quel examen, et pour quoi faire ?

Posté par sentinelle à 22:00 - Des doutes - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

28 septembre 2005

Mon pseudo: sentinelle !

Ce matin, j'ai décidé de ce pseudo, et j'ai trouvé ça ce soir sur un site d'histoire, j'ai trouvé que cela porte un peu de quelquechose du rôle du m9édecin du travail...j'y reviendrai.

"Selon la définition de l’Encyclopédie (tome 15, 1765, p 59) la sentinelle est un soldat d’un corps de garde d’infanterie qu’on place en quelque poste pour découvrir les ennemis, pour prévenir les surprises, et pour arrêter ceux qui veulent passer sans ordre et sans se faire connaître. La sentinelle doit rester à son poste, quoiqu’il puisse arriver, à moins qu’elle ne soit relevée par son officier. Pendant la durée de son service ou de sa faction, sa personne est en quelque sorte regardée comme sacrée ; elle peut arrêter et empêcher de passer quelque officier que ce soit, sans pouvoir être maltraitée ou punie qu’après avoir été relevée, c’est-à-dire qu’il ait été mis un autre soldat à sa place. Pour le général Bardin, les sentinelles sont “l’œil des postes et des corps de garde ; ainsi, elles doivent avoir constamment l’attention fixée sur ce qui se passe autour d’elles. (p 4814) "

Posté par sentinelle à 19:46 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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