10 mars 2009
Bougez-vous!
Aujourd'hui, appel de détresse de l'un de mes salariés.
Encadrant intermédiaire dans une grand entreprise, il a lutté pendant des mois contre les missions impossibles, contre les dysfonctionnements, contre les aléas du travail, contre les conditions environnementales à son poste. Il a lutté, lutté, donnée le meilleur de lui-même, il a souffert certains jours plus que d'autres pour réussir à faire son travail. Et sa hierarchie ne s'est doutée de rien. Il a été estimé compétent à son poste. Son équipe travaillait bien.
Jusqu'au jour où les relations de travail avec un collaborateur d'une autre société se sont dégradées. Il devait en effet lui donner des ordres sans être son supérieur hierarchique. Le grain de sable, un jour, où il a parlé peut-être plus vite, plus impatiemment, ou encore sans regarder directement la personne pour gérer un mail en même temps. Les relations dans l'entreprise peuvent rapidement se dégrader parce qu'on n'en prend pas soin. Et quand alors surgit un malaise, le collaborateur qui est fâché, ne craint pas de représailles (puisqu'après tout, ils n'ont qu'un lien fonctionnel), et l'envoie balader. Les choses vont en grinçant. Puis le ton monte, et mon salarié (je dis "mon" parce que c'est moi qui le suis) se fait insulter puis menacer de morts, ou de violences physiques.
Jusqu'au jour où il ne peut plus à la fois supporter les difficultés du travail dans la pression avec un collaborateur venu d'une autre planète qui le menace de mort.
Alors survient l'arrêt de travail, et "mon" salarié est maintenant en arrêt depuis 3 mois. Il ne s'en remet pas, il rumine encore les menaces en "disque rayé", ne comprend pas ce qui a pu le faire "tomber", ne peut plus entendre parler de l'entreprise, et d'ailleurs, je ne le vois qu'en dehors de son entreprise.
Appel de Ce salarié ce matin: j'ai été convoquée par le médecin conseil, elle m'a dit que je ne pouvais pas rester comme ça, qu'il fallait que je me "bouge".
C'est le nouveau traitement des syndromes post-traumatiques: se bouger ! Ce salarié présent des symptomes évidents de souffrance sévère en rapport avec son travail, il a vu son médecin souvent, il a rendez-vous avec un psychiatre (délai 2 mois), il a vu son médecin du travail, il essaie de se remettre sur pied après être tombé malade de son travail, après des mois de lutte, et il faudrait qu'il "se bouge"...
J'avais les coordonnées du médecin conseil, mais cet après-midi de consultations a fini en dehors des heures d'ouverture du téléphone de la sécu. Je prendrais le temps de l'appeler pour savoir ce qu'elle a voulu dire.
...mais le mal est fait.
Alors dois-je mettre inapte pour qu'ils soient licenciés et donc payés par les assedic, les salariés en cours de traitement mais en arrêt trop longtemps ? Les économies de sécu sont-elles à ce prix ? Quelle logique en France de vouloir penser que les dépressifs sont seulement des gens qui se laissent vivre.
Ce soir je me sens choquée, en colère et vraiment inquiète pour nous demain...
Bonne nuit !
29 novembre 2008
Vaccination anti-grippale chez HIBOU
J'ai joué, j'ai perdu. Enfin, cette année.
Je suis CONTRE la vaccination anti-grippale en milieu de travail si ce n'est pas un risque professionnel (milieu de soins, accueil du public). Mais chez HIBOU, c'est tra-di-tion-nel. C'est comme les guirlandes de Noël, on les mets chaque année et personne n'envisage de ne pas les mettre. Quelqu'un qui dirait "et si cette année, on ne mettais rien ?", tout le monde le regarderait avec réprobation, froncements de sourcils et ejectreait immédiatement ce trouble-fête. Ben voilà, la vaccination anti-grippal, c'est un monument, un acquis social, même.
J'ai essayé de savoir ce que pensaient les médecins qui m'ont précédé à ce poste: "ben, on n'était pas d'accord mais on le faisait quand même". Ah. Bon. Et j'ai écris au DRH pour expliquer mon point de vue:
- il faut vacciner 60% de la populatiopn de l'usine pour un efficacité éventuelle sur l'absentéisme...et ce n'est pas le cas chez vous.
- les recommandations scientifiques concernent les personnes de plus de 65 ans (il ne doit pas y en avoir beaucoup par ici) et les personnes malades (ou parents d'enfants malades).
- le vaccin est probabiliste, ce qui explique qu chaque année, il y a des malades de la grippe, même vaccinés.
- ce n'est pas un risque professionnel dans l'usine. Donc c'est hors de mes missions.
- s'il arrive un effet secondaire, c'est considéré en accident de travail...
- il est possible de faire d'autres projets utiles de santé publique, conmme le sevrage tabagique par exemple.
Réponse: j'ai bien reçu vos arguments, je vous remercie, bon, sans blague, quand est-ce qu'on commence?
GGr. J'ai donc demandé que cette question soit discutée avec les salariés. En CE, la question a été posée sur la pointe des pieds: "bon, au sujet de la vaccination anti-grippale, on la reconduit cette année ?"...réponse des salariés, étonnés: "ben...oui"...Et en CHSCT, j'ai exposé mes arguments, et après délibération, ils ont répondu qu'un médecin (éventuellement un autre que moi) fasse la vaccination.
Soupir. Je vais donc organiser la vaccination cette année en souhaitant presque être grippée ce jour-là.
mais je reste CONTRE cette vaccination qui est en fait une mesure de paix sociale et de lutte bidon contre l'absentéisme. Prendre en otage à leur insu des salairés en affichant que "C'est pour leur bien" me rappelle étrangement le livre d'Alice Miller. Et j'ai envie de hurler. Les salariés eux-même l'ont demandé...
27 octobre 2008
Les infiltrés - Suite
La suite de ma réflexion me pousse à m'inquiéter de la suspicion portée sur tous les stagiaires, intérimaires, et autres personnes ayant des contrats précaires qui pourraient "cafter" avec une caméra cachée de certaines situations. Bien que ces situations puissent être dénoncées, pour être améliorées, il me semble que continuer cette émission dans ces conditions pourrait compromettre la bonne intégration et l'accueil des nouveaux.
Introduire la suspicion dans des entreprises où il y a déjà beaucoup de souffrance pour la dénoncer en public, sous prétexte de "faire bouger" les choses, cela me parait inquiétant.
Penser que la personne qui a fait le reportage s'est permise de la diffuser sans consulter les personnes filmées même "anonymes" est totalement scandaleux. Parce que bien sûr, elles se sont reconnues, bien sûr, elles ont entendu les commentaires désagréables. Et c'est violent de le découvrir jeté dans l'arène, à la télé.
Juste une petite histoire qui m'a fait sourire, parole d'une salariée de 58 ans , 38 ans d'ancienneté dans l'entreprise: "Docteur, vous fatiguez pas, les gens bien, ici, y restent pas".
24 octobre 2008
Les infiltrés
J'ai regardé l'émission "Les infiltrés", cela me donne à réfléchir.
Je vois en consultation régulièrement du personnel de diverses maisons de retraite, qui décrit cruellement le manque de personnel, des locaux parfois inadaptés, le temps passé à faire des toilettes vite faites, les regrets de ne pas pouvoir faire plus, plus humain, plus de soin. La détresse des personnes agées se mèle à celle des soignants qui souhaitent rester des "soignants" qui soignent. Et pas des soignants qui calculent leur planning pour que tout rentre, pour que rien ne dépasse, pas des soignants obligés de fuir les familles qui, elles, ne peuvent pas banaliser la situation.
Et je suis sidérée de constater que je me suis, moi aussi, fait embarquer dans la banalisation de la situation. Pas assez de personnel de manière chronique nécessite des adaptations, pas de locaux suffisants, augmentation du maitien en dehors de l'hopital des personnes de plus en plus grabataires. L'inadéquation entre le service proposé et le service réel nécessite une adaptation: on s'habitue, on banalise.
Et pendant ce temps-là, les toilettes sont baclées, mais on s'habitue, les personnes sont laissées sur les toilettes, on s'habitue, les médicaments sont distribués de manière erronée, on s'habitue. Ce glissement donne éventuellement lieu à l'exclusion de ceux qui voient encore que cette situation est inadaptée. Ces salariés en souffrance, j'en vois en consultation: ceux qui ne s'habituent pas souffrent, et font souffrir les équipes, alors, on les met la nuit, on les met en dehors des équipes, on les convoque pour les faire taire.
Ce n'est pas le cas partout, mais quand je l'entends, je suis aussi invitée à comprendre que cette détresse n'a pas d'issue possible puisqu'"on n'a pas de budget". Et quand je suis allée voir un directeur, il m'a dit que "les pauvres gens de chez nous n'ont pas les moyens de payer plus pour améliorer le service ou les conditions de travail".
Alors, j'entends les choses tellement verrouillées que je finis, moi aussi, par croire que c'est "comme ça", tout a un coût. Cette impuissance fait souffrir, et je m'aperçois avec horreur que je fais partie des gens qui banalisent.
J'y retroune, il ya du boulot.
11 avril 2008
Big Sister
J'ai vu hier en consultation une secrétaire. Son travail est varié, elle est plutôt contente, avec des taches de secrétariat (rédaction de courriers, factures, devis,...) du contact direct et téléphonique, de la comptabilité (les heures des salariés notamment pour préparer la paie), dans un rapport de confiance avec le patron. Tout baigne. Ah, oui, il ya aussi le "GPS".
-le "GPS", qu'est-ce que vous faites avec le GPS dans votre bureau ?
-je vais sur internet et je regarde ce que font les "gars" avec les camions: heures de démarrages, lieux exacts de déplacements,...
En fait, il ya un GPS dans les véhicules, qui renseigne un serveur central qui permet au patron de tout savoir sur la position des camions de l'entreprise. Les "gars" notent leurs heures sur une feuille qui est validée par leur chef, puis transmise à la secrétaire de l'entreprise.Et cette secrétaire fait le rapprochement entre les heures du "GPS" et les heures notées. En cas de différence, elle enlève des heures aux "gars".
Alors, je lui demande comment les "gars" réagissent quand elle fait ça, d'autant que cela doit générer des plaintes...alors elle me répond que "les "gars", ils ne regardent pas leur bulletin de salaire"...ah bon...et elle me rassure "mais quand c'est l'inverse, on peut aussi leur en ajouter"...
Je n'aimerais pas faire son travail. Combien de temps va-t-elle tenir ? Pour l'instant, elle tient à penser que chacun doit avoir sa conscience professionnelle, comme elle, et respecter l'entreprise.
La technologie qui sert à moucharder, à penser qu'on contrôle tout, ce n'est pas la dignité des salariés. Sans savoir d'ailleurs si les salariés savent qu'il y a des mouchards dans les voitures...mais est-ce à moi de le leur dire ??? Mais si, en plus, cette technologie fait faire des économies à l'entreprise parce que les salariés ne feraient pas leurs heures, sans aucun recours, sans discussion, est-ce éthique ? Et confier la misssion de cette surveillance à une secrétaire, est-ce une bonne façon de diriger ? Pour un médecin du travail, la vigilance est redoublée dans de telles circonstances, il va falloir en savoir plus, et amener une ouverture vers la réflexion autour de ce sujet.
31 janvier 2008
Défouloir
J'ai eu aujourd'hui une série de personnes aggressives d'emblée alors que je ne les connaissais même pas.
-"Honnêtement, la visite médicale, je dis jamais rien. Je sais qu'il y en a qui viennent parler et tout ça pour se faire mettre inaptes, mais moi, je pense que si on a un truc à dire au patron, on le dit et que si on n'est pas content, on se casse. La visite médicale, c'est une perte de temps"...Reprendre la conversation après ça...surtout qu'il continuait sans vraiment me laisser parler ! Je lui ai parlé des risques professionnels, de la santé à plus long terme que les conflits du quotidien, mais il a recommencé: moi, je vais avoir 40 ans, je ne me projette pas dans l'avenir". Ah bon, ben si c'est ça. Là, j'avoue, j'ai baissé les bras.
-"ben dis donc, dans votre service, on change tout le temps de médecin du travail". Je sais, moi aussi c'est la première fois que je vous vois. D'ailleurs, ça va encore changer !
-"la visite est passée à deux ans , maintenant, c'est ça ?" (air pincé pour signifier que c'est bien peu, on se demande ce que vous foutez payés aussi chers) alors j'ai répondu que la réforme attendue devrait encore éloigner les visites. "Ben c'est dommage, parce qu'il y en a qui vont plus se soigner"...grrr "tiens moi, d'ailleurs, sans ça, je vais jamais chez le médecin..." re-grrrr.
Et quand j'essaie de questionner le travail:
-"bon, chui obligé de répondre à vos questions" ...!
-"ben je fais un peu de tout". (un autre)
-"Comment ça un peu de tout ? du carrelage ? de l'enduit ?"
-"ben non, un peu de tout quoi". ...parle toujours...et moi, je fais quoi avec ça, s'il ne veut pas parler...je laisse tomber et je reviens à l'activité préhistorique: poids-taille-pipi-aptitude-caces-dehors ?
-"ben je fais de la souris toute la journée". (un autre). Là, il se moque carrément, de la souris toute la journée, n'importe quoi !
Alors je me dis que le prochain qui refuse de parler je le mets dehors en fermant le dossier : "vous reviendrez quand vous serez correct avec moi, c'est fini pour aujourd'hui".
Parce que je ne sais pas supporter le mépris, l'aggressivité, la perte de sens de ces visites qui réellement ne servent à rien si les salariés n'en font rien. Parce que je me dis que si les visites disparaissent, ce sera bien fait pour tout le monde ! Dommage..
Demain est un autre jour.
17 décembre 2007
Marche ou crève !
Parmi les risques professionnels, le travail en hauteur est généralement "négligé", il est plutôt sous-estimé. Pour cette raison, je pose systématiquement la question pour savoir comment les salariés gèrent ce risque, d'une part avec les moyens de l'entreprise, et d'autre part, concrètement, ce qu'ils mettent eux-même en oeuvre pour cela. Mes questions ont pour objectif de connaitre les conditions réelles de travail (ou du moins m'en approcher le plus possible) et de permettre aux salariés de penser à ces conditions de travail au fil des années, au fil des consultations pour élaborer des projets, pour améliorer la prévention.
J'ai vu en consultation un salarié qui avait un discours vraiment dur. Mes questions portait toujours sur le type de travail effectué, et la sécurité à ce poste. Visiblement, mes questions ont éveillé en lui la colère qui reste généralement tapie dans un coin pour "tenir". Alors, j'ai tout entendu: "chez nous c'est marche ou crève", "on emmène les salariés jusqu'au bout, on n'est pas des fonctionnaires" (!), "les salariés le cul sur leur chaise, ils peuvent pas comprendre, d'ailleurs, les médecins, s'ils venaient faire le travail, ils comprendraient vite fait que ce n'est pas posssible de faire la sécurité"... .
Je n'ai pas pris son discours au pied de la lettre, je ne m'en suis pas offusquée, mais j'ai trouvé que c'était vraiment cru ! Sur le travail en hauteur, j'ai l'habitude d'entendre le discours de protection mentale: "c'est pas haut", "je ne suis pas un débutant, et quand on a peur, faut changer de métier", "c'est trop cher de mettre en oeuvre la sécurité", "c'est trop long", "on n'a pas le temps pour un chantier d'une journée de mettre en place l'échaffaudage"...etc. Je vois bien que ce type de discours vient me ranger dans le coin des gens qui n'y connaissent rien, et surtout dans le rang des gens qui doivent cesser de poser la question.
Et ça, c'est pas gagné non plus, je ne vais pas arrêter de poser la question. Je vais même continuer de la poser. Quitte à endurer des salariés comme celui dont je parlais toute à l'heure, le c...sur ma chaise, et sur les chantiers ! Parce que par la porte ou par la fenêtre, je continue de tenir qu'on peut faire de la sécurité et de la santé au travail sans gréver le budget des entreprises. Au contraire.
Parce qu'un salarié qui tombe d'un toit c'est encore plus cher. Parce qu'il y a des métiers qui utilisent des échaffaudages pour leur activité (les peintres de façades par exemple) et qu'ils intègrent ce coût dans le coût du chantier. Parce qu'il y a dans la plupart des cas, des solutions techniques, quand on se donne la peine d'en chercher ou d'en inventer.
Parce que le travail, ce n'est pas "marche ou crève", mais bien un lieu où peuvent s'épanouir des personnes par la réalisation de ce travail. Bien un lieu où peut se déployer du génie, de la créativité, de la fierté, du plaisir. Et pas seulement dans mes rêves.
05 janvier 2007
Cahier de...
Comme un certain nombre de personnes, je suis allée faire des courses pour les fêtes. Flanant au rayon librairie, j'ai pu acheter le livre de Dorothée Ramaut "Journal d'un médecin du travail", dont j'avais déjà lu des extraits dans Le Monde, et qui est à l'origine de l'idée de ce blog. Je vais enfin, donc, pouvoir le lire en entier.
J'ai trouvé ensuite un "Cahier de gribouillages pour les adultes qui s'ennuient au bureau". Un petit cahier sympathique, même amusant, dans lequel se trouvent toutes sortes de dessins à compléter, à gribouiller. Je me suis laissée aller à trouver cela amusant. Et ensuite j'ai été saisie d'une profonde indignation. Non que faire des gribouillages au bureau puisse m'indigner, ni même que quelqu'un puisse proposer un cahier de gribouillage. Mais qu'on puisse proposer un cahier de gribouillages pour "adultes qui s'ennuient au bureau", et en plus imaginer que cela puisse être un cadeau de Noël me donne la nausée !
D'abord, cela banalise le fait que des gens puissent s'ennuyer au bureau. D'ailleurs s'ennuyer au travail tout court. Ce serait banal, et un petit cahier de gribouillages rendrait les choses plus douces et plus faciles. 5 minutes, peut-être, mais après ? De toute façon, ce serait si banal, que "ce n'est pas si grave", ce qu'on entend régulièrement pour nous faire taire. Alors, l'auteur de ce cahier nous propose un gribouillage, comme s'il disait à celui qui s'ennuie: "allez, gribouille un peu, ça va passer..."...CA VA PASSER ? Je pense que les gribouillages au bureau ne sont pas la bonne manière de traiter l'ennui au travail. Et ce livre pourrait le laisser croire. Et mettre les personnes qui y ont cru - ne serait-ce que 5 minutes - dans la honte de s'y être prêté. Non seulement alors ils s'ennuient encore, mais ils ont honte de ce jeu et de cet ennui.
Cahier destiné aux "adultes qui s'ennuient au bureau": mais alors, il n'y a que les gens de bureau qui s'ennuient ? ou bien est-ce aux yeux de l'auteur ennuyeux de travailler dans un bureau ? L'ennui au travail n'est évidemment pas une spécialité de bureau ! Alors, je trouve ça mensonger et insultant qu'on puisse proposer des gribouillages aux gens des bureaux qui s'ennuient puisque cela suppose bien qu'au bureau, on peut s'ennuyer (c'est "normal", on retrouve la banalisation), mais en plus, cet ennui est traité avec mépris puisque pour des salariés de bureau, des gribouillages seraient bien utiles (ce serait même de leur ...compétence ? c'est en cela que je trouve qu'il y a du mépris). Là, je commence à sentir l'indignation me gagner, je garde le pire pour la fin.
Le pire, c'est que des gens qui ne s'ennuient pas au bureau (ni au travail) puissent rire de ces situations horribles où le travail génère de l'ennui (surtout si celui-ci est délibérément organisé par la direction). Non seulement ils banalisent l'ennui, ils méprisent les salariés de bureau qui pourraient s'ennuyer, mais en plus ils présentent cet ennui de manière humoristique, il faudrait donc en rire, et c'est bien celui qui offre le cahier que cela fait rire. Parce que je vois mal un pauvre salarié qui souffre de l'ennui au travail s'acheter pour lui-même un cahier de gribouillage pour banaliser son ennui. Non, c'est quelqu'un qui a pensé à lui avec ce cahier: "Tiens, je vais prendre ça pour untel, hihi, ça va le faire marrer, c'est marrant, hein ?" (Et en plus pour les fêtes, ça passe mieux avec du champagne, non ?) Et ça, c'est carrément violent.
C'est ça qui m'indigne, violemment. Je ne vous en fais pas un dessin !
L'ennui au travail, c'est une vraie question, cela pose vraiment la question de l'organisation du travail, et cela génère beaucoup de souffrance, en particulier si ça dure, et surtout si c'est délibérément organisé. Il faut sortir absolument du silence dans ces cas-là. Ce n'est ni "drôôôle", ni "foooollement amusant", ni "juste pour déconner". NON. C'est bien une question de Santé au Travail et cela doit être abordé comme tel. Qui aurait envie de rire d'un sujet de santé ?
16 novembre 2006
Les mains du ...médecin ?
Petite histoire de cette semaine:
Après avoir eu un entretien avec le salarié, je lui propose:
-bon, je vais vous examiner...
A ce moment-là, je me lève pour me laver les mains, pendant ce temps-là, le salarié se deshabille pour l'examen médical.
-Installez vous sur la table
-Sur le ventre ou sur le dos ?
-Sur le dos, parce que sur le ventre, ce serait pour un massage et ce n'est pas mon métier.
J'utilise cette phrase pour signifier (peut-être maladroitement) que généralement la question ne se pose pas chez un médecin traitant, on est allongé, et sur le dos. Mais ce n'est pas le premier salarié qui me pose la question !
-Non mais (le salarié bredouille, géné), j'ai posé la question parce que vous vous êtes lavé les mains !
-Ca en dit long sur ce que font les autres médecins
-Ben oui, je n'ai pas le souvenir d'avoir eu un médecin qui se lave les mains !
Cela m'inspire deux réflexions:
Je suis indignée d'entendre dire que des médecins ne se laveraient pas les mains avant d'examiner qui que ce soit. Je suis à peu près certaine que cela existe puisque j'ai étonné des personnes dans mon service quand j'ai demandé de changer mon essuie-main, et d'avoir à nouveau du savon,mais je suis vraiment navrée de voir que donc, si je me lave les mains, c'est peut-être pour autre chose que pour un examen médical !
Je suis desarmée par le fait que personne n'ose en parler: le "aura" médical ne souffrirait pas en 2006 qu'on puisse se permettre de dire à un cochon de médecin de se laver les mains (au moins) ?
Non, je ne suis pas un masseuse parce que je me lave les mains, j'ai juste un respect pour ceux que j'examine, et c'est un minimum !
06 septembre 2006
Je ne suis PAS une marionnette !
Je ne suis PAS une marionnette...c'est ce que je me suis dit en sortant d'un rendez vous avec un employeur. J'ai du mal penser ce que je pourrais en penser si j'avais un peu de recul. Je pense ne pas avoir toutes les cartes en main pour comprendre autre chose que j'ai l'impression d'être prise pour une marionnette.
C'était il ya un mois environ, j'avais vu en visite périodique une femme salariée d'une entreprise qui nettoie les endroits où l'on fait bruler du bois ou du gaz...oui, une femme. Elle avait déjà fait des CDD dans cette entreprise mais en équipe avec un co-équipier. Au moment de l'embauche en CDI, elle avait été mise en garde par le chef d'entreprise sur la pénibilité du travail, et à ce moment là, il l'avait avertie qu'il l'enverrait travailler seule. Il lui a effectivement donné le travail normal d'un salarié, mais, elle, me raconte que depuis qu'elle est embauchée, elle a été seule alors que d'autres travaillait en équipe, et qu'elle a maintenant mal au poignet depuis ce moment-là. Elle se plaint de ne pas avoir de temps de pauses, et encore moins le temps de déjeuner. Elle dit qu'elle travaille dur, et que le chef aussi, que c'est quand même plutôt un patron qui lui a rendu le service de l'embaucher en CDI alors qu'elle voulait signer un crédit pour un logement. J'ai fait une déclaration de maladie professionnelle, en rapport avec des gestes répétés, pour sa tendinite, et je lui fait un fiche avec la mention de restriction du port de charge à 5 kg, dont elle se plaignait le plus. Elle m'a confié qu'elle voulait monter sa propre entreprise mais pour l'instant n'a pas encore les fonds pour cela. J'en ai juste pensé que pour ce poste, elle disait ne pas pouvoir tenir longtemps, et elle faisait de manière "raisonnable" des projets d'avenir.
Deux semaines après, j'ai un coup de fil du chef d'entreprise me demandant de la recevoir en visite, il trouve qu'elle travaille lentement, qu'elle ne se plaint de douleur que quand on lui demande, qu'il est inquiet quand à son maintient au poste. Après un appel de la salrié, et un autre appel du patron dans la même journée, pour me dire qu'elle était en arrêt de travail et je ne sais plus quoi d'autre - j'en ai pensé que ça commencçait à se dégrader dans l'entreprise entre eux-deux, sans comprendre pourquoi - je donne donc rendez vous à la salariée quelques jours plus tard pour qu'elle me raconte. Elle me dit le pire sur l'employeur, et que là, non seulement elle n'est pas allée à l'inspection comme je lui avait dit pour ce qui est d'éventuelles entorses au code du travail (je ne suis pas inpecteur, ni même juriste), mais de toute façon, elle a mal partout, elle n'a pas le moral, ne sais pas si elle va tenir, mais sa présentation de femme toute pimpante m'interroge quand même. Je lui explique que tant qu'elle est en arrêt je ne peux pas me prononcer sur l'aptitude, et que j'attends de l'employeur qu'il me montre le poste de travail. Je l'appelle, il me dit qu'il lui a proposé un poste de "commerciale" en porte à porte (à l'ancienne, ben voyons) parce qu'il pense qu'avec elle, ça pourrait marcher. Je lui explique qu'avant de lui proposer un nouveau poste, il pourrait éventuellement alléger son poste. Là, il explose de colère et nous arrivons à un consensus en convenant d'un rendez vous après le week-end pour voir le poste et se parler.
J'ai été accueillie par quelqu'un d'extrèmement défensif, qui m'expose qu'il a fait le matin même la quantité de travail qu'elle arrive à faire dans la journée, que ses collègues à elle ne veulent plus travailler avec elle, parce qu'elle les ralentit, elle "papote" chez le client, et en plus, il me raconte qu'elle crie partout qu'elle veut que je la mette inapte et que, comme ça, elle sera au chomage pour toucher la prime de création d'entreprise. Alors, il me dit qu'il ne veut plus la voir parce qu'elle a berné tout le monde, qu'elle ne travaille pas assez, et que ça l'arrange que je la mette inapte.
J'ai effectivement vu le poste de travail, et je n'en ai pas pensé que la pénibilité soit effrayante. Les gestes répétitifs, sont d'environ 6à 12 pour une demi heure, intercalés dans la mise en place du matériel, le rangement et la facturation au client. Le temps de faire le travail sans trainer d'accord, mais bon, faisable pour ce que j'ai vu. Une fois dehors, le chef, toujours hors de lui, continue sa plainte qu'elle est vraiment un traitre, qu'elle s'est fait embauchée pour avoir un crédit et qu'elle a maintenant droit au chomage si "on joue son jeu". Il trouve cela abjecte, et ne veut plus la voir, il attend qu'elle démissionne et n'aménagera pas plus son poste qu'il ne l'a déjà fait depuis qu'elle est là. Il dit qu'il a déjà plein d'appels pour la remplacer.
Je ne suis pas une marionnette: pourquoi je mettrai inapte quelqu'un qui ne l'est pas ? pourquoi je devrais céder à l'application du code du travail article 230-2 disant que l'employeur est responsable de la santé de ses salariés ? Après tout, s'il pensait qu'une femme ne pouvait pas faire ce travail, pourquoi l'a-t-il embauchée ? Alors, il est respônsable de son embauche quelque soit les mesures d'adaptation qu'il soit obligé de faire ? En même temps, comment supporter dans cette entreprise que cette femme fasse la moitié du travail sans faire des mesures injustes qui cassent le collectif ? Et puis, personnellement, je ne sais pas quoi penser de ce que le chef m'a rapporté de sa demande d'inaptitude ? Pourquoi ne me l'a-t-elle pas demandé ? pourquoi a-t-elle choisi le médecin du travail pour se faire virer ?
J'ai beau penser que je dois améliorer les conditions de travail, je n'ai pas l'impression que ce chef soit vraiment de si mauvaise composition que cela, mais sa façon défensive, presque aggressive et injuste de parler de sa salariée m'indispose.
Bref, je suis tiraillée, je comprends pourquoi des médecins du travail ont des difficultés à se positionner, notre subjectivité est atteinte, on essaie de prendre du recul, mais pour l'instant, ce que je finis par me dire, c'est que je n'ai pas toute les cartes en mains. Pourtant, les choses de loin me paraissent simples: elle, ne veut plus être là et lui ne veut plus d'elle, pourquoi faut-il que j'y sois mélée ?
Je joue donc pour cette partie une carte MEDICALE: je vais demander un avis spécialisé pour savoir si elle a oui ou non une tendinite. Peut-être d'ailleurs que la carte du temps fera l'affaire de cette histoire pas claire. N'empèche que cela ébranle chez moi le mythe du salarié à protéger... Reste à reprendre ma position de conseiller en SANTE.
Heureusement que j'ai des collègues avec qui je peux demander de m'aider à comprendre...les bienfaits du collectif !
