11 avril 2008
Big Sister
J'ai vu hier en consultation une secrétaire. Son travail est varié, elle est plutôt contente, avec des taches de secrétariat (rédaction de courriers, factures, devis,...) du contact direct et téléphonique, de la comptabilité (les heures des salariés notamment pour préparer la paie), dans un rapport de confiance avec le patron. Tout baigne. Ah, oui, il ya aussi le "GPS".
-le "GPS", qu'est-ce que vous faites avec le GPS dans votre bureau ?
-je vais sur internet et je regarde ce que font les "gars" avec les camions: heures de démarrages, lieux exacts de déplacements,...
En fait, il ya un GPS dans les véhicules, qui renseigne un serveur central qui permet au patron de tout savoir sur la position des camions de l'entreprise. Les "gars" notent leurs heures sur une feuille qui est validée par leur chef, puis transmise à la secrétaire de l'entreprise.Et cette secrétaire fait le rapprochement entre les heures du "GPS" et les heures notées. En cas de différence, elle enlève des heures aux "gars".
Alors, je lui demande comment les "gars" réagissent quand elle fait ça, d'autant que cela doit générer des plaintes...alors elle me répond que "les "gars", ils ne regardent pas leur bulletin de salaire"...ah bon...et elle me rassure "mais quand c'est l'inverse, on peut aussi leur en ajouter"...
Je n'aimerais pas faire son travail. Combien de temps va-t-elle tenir ? Pour l'instant, elle tient à penser que chacun doit avoir sa conscience professionnelle, comme elle, et respecter l'entreprise.
La technologie qui sert à moucharder, à penser qu'on contrôle tout, ce n'est pas la dignité des salariés. Sans savoir d'ailleurs si les salariés savent qu'il y a des mouchards dans les voitures...mais est-ce à moi de le leur dire ??? Mais si, en plus, cette technologie fait faire des économies à l'entreprise parce que les salariés ne feraient pas leurs heures, sans aucun recours, sans discussion, est-ce éthique ? Et confier la misssion de cette surveillance à une secrétaire, est-ce une bonne façon de diriger ? Pour un médecin du travail, la vigilance est redoublée dans de telles circonstances, il va falloir en savoir plus, et amener une ouverture vers la réflexion autour de ce sujet.
31 janvier 2008
Défouloir
J'ai eu aujourd'hui une série de personnes aggressives d'emblée alors que je ne les connaissais même pas.
-"Honnêtement, la visite médicale, je dis jamais rien. Je sais qu'il y en a qui viennent parler et tout ça pour se faire mettre inaptes, mais moi, je pense que si on a un truc à dire au patron, on le dit et que si on n'est pas content, on se casse. La visite médicale, c'est une perte de temps"...Reprendre la conversation après ça...surtout qu'il continuait sans vraiment me laisser parler ! Je lui ai parlé des risques professionnels, de la santé à plus long terme que les conflits du quotidien, mais il a recommencé: moi, je vais avoir 40 ans, je ne me projette pas dans l'avenir". Ah bon, ben si c'est ça. Là, j'avoue, j'ai baissé les bras.
-"ben dis donc, dans votre service, on change tout le temps de médecin du travail". Je sais, moi aussi c'est la première fois que je vous vois. D'ailleurs, ça va encore changer !
-"la visite est passée à deux ans , maintenant, c'est ça ?" (air pincé pour signifier que c'est bien peu, on se demande ce que vous foutez payés aussi chers) alors j'ai répondu que la réforme attendue devrait encore éloigner les visites. "Ben c'est dommage, parce qu'il y en a qui vont plus se soigner"...grrr "tiens moi, d'ailleurs, sans ça, je vais jamais chez le médecin..." re-grrrr.
Et quand j'essaie de questionner le travail:
-"bon, chui obligé de répondre à vos questions" ...!
-"ben je fais un peu de tout". (un autre)
-"Comment ça un peu de tout ? du carrelage ? de l'enduit ?"
-"ben non, un peu de tout quoi". ...parle toujours...et moi, je fais quoi avec ça, s'il ne veut pas parler...je laisse tomber et je reviens à l'activité préhistorique: poids-taille-pipi-aptitude-caces-dehors ?
-"ben je fais de la souris toute la journée". (un autre). Là, il se moque carrément, de la souris toute la journée, n'importe quoi !
Alors je me dis que le prochain qui refuse de parler je le mets dehors en fermant le dossier : "vous reviendrez quand vous serez correct avec moi, c'est fini pour aujourd'hui".
Parce que je ne sais pas supporter le mépris, l'aggressivité, la perte de sens de ces visites qui réellement ne servent à rien si les salariés n'en font rien. Parce que je me dis que si les visites disparaissent, ce sera bien fait pour tout le monde ! Dommage..
Demain est un autre jour.
17 décembre 2007
Marche ou crève !
Parmi les risques professionnels, le travail en hauteur est généralement "négligé", il est plutôt sous-estimé. Pour cette raison, je pose systématiquement la question pour savoir comment les salariés gèrent ce risque, d'une part avec les moyens de l'entreprise, et d'autre part, concrètement, ce qu'ils mettent eux-même en oeuvre pour cela. Mes questions ont pour objectif de connaitre les conditions réelles de travail (ou du moins m'en approcher le plus possible) et de permettre aux salariés de penser à ces conditions de travail au fil des années, au fil des consultations pour élaborer des projets, pour améliorer la prévention.
J'ai vu en consultation un salarié qui avait un discours vraiment dur. Mes questions portait toujours sur le type de travail effectué, et la sécurité à ce poste. Visiblement, mes questions ont éveillé en lui la colère qui reste généralement tapie dans un coin pour "tenir". Alors, j'ai tout entendu: "chez nous c'est marche ou crève", "on emmène les salariés jusqu'au bout, on n'est pas des fonctionnaires" (!), "les salariés le cul sur leur chaise, ils peuvent pas comprendre, d'ailleurs, les médecins, s'ils venaient faire le travail, ils comprendraient vite fait que ce n'est pas posssible de faire la sécurité"... .
Je n'ai pas pris son discours au pied de la lettre, je ne m'en suis pas offusquée, mais j'ai trouvé que c'était vraiment cru ! Sur le travail en hauteur, j'ai l'habitude d'entendre le discours de protection mentale: "c'est pas haut", "je ne suis pas un débutant, et quand on a peur, faut changer de métier", "c'est trop cher de mettre en oeuvre la sécurité", "c'est trop long", "on n'a pas le temps pour un chantier d'une journée de mettre en place l'échaffaudage"...etc. Je vois bien que ce type de discours vient me ranger dans le coin des gens qui n'y connaissent rien, et surtout dans le rang des gens qui doivent cesser de poser la question.
Et ça, c'est pas gagné non plus, je ne vais pas arrêter de poser la question. Je vais même continuer de la poser. Quitte à endurer des salariés comme celui dont je parlais toute à l'heure, le c...sur ma chaise, et sur les chantiers ! Parce que par la porte ou par la fenêtre, je continue de tenir qu'on peut faire de la sécurité et de la santé au travail sans gréver le budget des entreprises. Au contraire.
Parce qu'un salarié qui tombe d'un toit c'est encore plus cher. Parce qu'il y a des métiers qui utilisent des échaffaudages pour leur activité (les peintres de façades par exemple) et qu'ils intègrent ce coût dans le coût du chantier. Parce qu'il y a dans la plupart des cas, des solutions techniques, quand on se donne la peine d'en chercher ou d'en inventer.
Parce que le travail, ce n'est pas "marche ou crève", mais bien un lieu où peuvent s'épanouir des personnes par la réalisation de ce travail. Bien un lieu où peut se déployer du génie, de la créativité, de la fierté, du plaisir. Et pas seulement dans mes rêves.
05 janvier 2007
Cahier de...
Comme un certain nombre de personnes, je suis allée faire des courses pour les fêtes. Flanant au rayon librairie, j'ai pu acheter le livre de Dorothée Ramaut "Journal d'un médecin du travail", dont j'avais déjà lu des extraits dans Le Monde, et qui est à l'origine de l'idée de ce blog. Je vais enfin, donc, pouvoir le lire en entier.
J'ai trouvé ensuite un "Cahier de gribouillages pour les adultes qui s'ennuient au bureau". Un petit cahier sympathique, même amusant, dans lequel se trouvent toutes sortes de dessins à compléter, à gribouiller. Je me suis laissée aller à trouver cela amusant. Et ensuite j'ai été saisie d'une profonde indignation. Non que faire des gribouillages au bureau puisse m'indigner, ni même que quelqu'un puisse proposer un cahier de gribouillage. Mais qu'on puisse proposer un cahier de gribouillages pour "adultes qui s'ennuient au bureau", et en plus imaginer que cela puisse être un cadeau de Noël me donne la nausée !
D'abord, cela banalise le fait que des gens puissent s'ennuyer au bureau. D'ailleurs s'ennuyer au travail tout court. Ce serait banal, et un petit cahier de gribouillages rendrait les choses plus douces et plus faciles. 5 minutes, peut-être, mais après ? De toute façon, ce serait si banal, que "ce n'est pas si grave", ce qu'on entend régulièrement pour nous faire taire. Alors, l'auteur de ce cahier nous propose un gribouillage, comme s'il disait à celui qui s'ennuie: "allez, gribouille un peu, ça va passer..."...CA VA PASSER ? Je pense que les gribouillages au bureau ne sont pas la bonne manière de traiter l'ennui au travail. Et ce livre pourrait le laisser croire. Et mettre les personnes qui y ont cru - ne serait-ce que 5 minutes - dans la honte de s'y être prêté. Non seulement alors ils s'ennuient encore, mais ils ont honte de ce jeu et de cet ennui.
Cahier destiné aux "adultes qui s'ennuient au bureau": mais alors, il n'y a que les gens de bureau qui s'ennuient ? ou bien est-ce aux yeux de l'auteur ennuyeux de travailler dans un bureau ? L'ennui au travail n'est évidemment pas une spécialité de bureau ! Alors, je trouve ça mensonger et insultant qu'on puisse proposer des gribouillages aux gens des bureaux qui s'ennuient puisque cela suppose bien qu'au bureau, on peut s'ennuyer (c'est "normal", on retrouve la banalisation), mais en plus, cet ennui est traité avec mépris puisque pour des salariés de bureau, des gribouillages seraient bien utiles (ce serait même de leur ...compétence ? c'est en cela que je trouve qu'il y a du mépris). Là, je commence à sentir l'indignation me gagner, je garde le pire pour la fin.
Le pire, c'est que des gens qui ne s'ennuient pas au bureau (ni au travail) puissent rire de ces situations horribles où le travail génère de l'ennui (surtout si celui-ci est délibérément organisé par la direction). Non seulement ils banalisent l'ennui, ils méprisent les salariés de bureau qui pourraient s'ennuyer, mais en plus ils présentent cet ennui de manière humoristique, il faudrait donc en rire, et c'est bien celui qui offre le cahier que cela fait rire. Parce que je vois mal un pauvre salarié qui souffre de l'ennui au travail s'acheter pour lui-même un cahier de gribouillage pour banaliser son ennui. Non, c'est quelqu'un qui a pensé à lui avec ce cahier: "Tiens, je vais prendre ça pour untel, hihi, ça va le faire marrer, c'est marrant, hein ?" (Et en plus pour les fêtes, ça passe mieux avec du champagne, non ?) Et ça, c'est carrément violent.
C'est ça qui m'indigne, violemment. Je ne vous en fais pas un dessin !
L'ennui au travail, c'est une vraie question, cela pose vraiment la question de l'organisation du travail, et cela génère beaucoup de souffrance, en particulier si ça dure, et surtout si c'est délibérément organisé. Il faut sortir absolument du silence dans ces cas-là. Ce n'est ni "drôôôle", ni "foooollement amusant", ni "juste pour déconner". NON. C'est bien une question de Santé au Travail et cela doit être abordé comme tel. Qui aurait envie de rire d'un sujet de santé ?
16 novembre 2006
Les mains du ...médecin ?
Petite histoire de cette semaine:
Après avoir eu un entretien avec le salarié, je lui propose:
-bon, je vais vous examiner...
A ce moment-là, je me lève pour me laver les mains, pendant ce temps-là, le salarié se deshabille pour l'examen médical.
-Installez vous sur la table
-Sur le ventre ou sur le dos ?
-Sur le dos, parce que sur le ventre, ce serait pour un massage et ce n'est pas mon métier.
J'utilise cette phrase pour signifier (peut-être maladroitement) que généralement la question ne se pose pas chez un médecin traitant, on est allongé, et sur le dos. Mais ce n'est pas le premier salarié qui me pose la question !
-Non mais (le salarié bredouille, géné), j'ai posé la question parce que vous vous êtes lavé les mains !
-Ca en dit long sur ce que font les autres médecins
-Ben oui, je n'ai pas le souvenir d'avoir eu un médecin qui se lave les mains !
Cela m'inspire deux réflexions:
Je suis indignée d'entendre dire que des médecins ne se laveraient pas les mains avant d'examiner qui que ce soit. Je suis à peu près certaine que cela existe puisque j'ai étonné des personnes dans mon service quand j'ai demandé de changer mon essuie-main, et d'avoir à nouveau du savon,mais je suis vraiment navrée de voir que donc, si je me lave les mains, c'est peut-être pour autre chose que pour un examen médical !
Je suis desarmée par le fait que personne n'ose en parler: le "aura" médical ne souffrirait pas en 2006 qu'on puisse se permettre de dire à un cochon de médecin de se laver les mains (au moins) ?
Non, je ne suis pas un masseuse parce que je me lave les mains, j'ai juste un respect pour ceux que j'examine, et c'est un minimum !
06 septembre 2006
Je ne suis PAS une marionnette !
Je ne suis PAS une marionnette...c'est ce que je me suis dit en sortant d'un rendez vous avec un employeur. J'ai du mal penser ce que je pourrais en penser si j'avais un peu de recul. Je pense ne pas avoir toutes les cartes en main pour comprendre autre chose que j'ai l'impression d'être prise pour une marionnette.
C'était il ya un mois environ, j'avais vu en visite périodique une femme salariée d'une entreprise qui nettoie les endroits où l'on fait bruler du bois ou du gaz...oui, une femme. Elle avait déjà fait des CDD dans cette entreprise mais en équipe avec un co-équipier. Au moment de l'embauche en CDI, elle avait été mise en garde par le chef d'entreprise sur la pénibilité du travail, et à ce moment là, il l'avait avertie qu'il l'enverrait travailler seule. Il lui a effectivement donné le travail normal d'un salarié, mais, elle, me raconte que depuis qu'elle est embauchée, elle a été seule alors que d'autres travaillait en équipe, et qu'elle a maintenant mal au poignet depuis ce moment-là. Elle se plaint de ne pas avoir de temps de pauses, et encore moins le temps de déjeuner. Elle dit qu'elle travaille dur, et que le chef aussi, que c'est quand même plutôt un patron qui lui a rendu le service de l'embaucher en CDI alors qu'elle voulait signer un crédit pour un logement. J'ai fait une déclaration de maladie professionnelle, en rapport avec des gestes répétés, pour sa tendinite, et je lui fait un fiche avec la mention de restriction du port de charge à 5 kg, dont elle se plaignait le plus. Elle m'a confié qu'elle voulait monter sa propre entreprise mais pour l'instant n'a pas encore les fonds pour cela. J'en ai juste pensé que pour ce poste, elle disait ne pas pouvoir tenir longtemps, et elle faisait de manière "raisonnable" des projets d'avenir.
Deux semaines après, j'ai un coup de fil du chef d'entreprise me demandant de la recevoir en visite, il trouve qu'elle travaille lentement, qu'elle ne se plaint de douleur que quand on lui demande, qu'il est inquiet quand à son maintient au poste. Après un appel de la salrié, et un autre appel du patron dans la même journée, pour me dire qu'elle était en arrêt de travail et je ne sais plus quoi d'autre - j'en ai pensé que ça commencçait à se dégrader dans l'entreprise entre eux-deux, sans comprendre pourquoi - je donne donc rendez vous à la salariée quelques jours plus tard pour qu'elle me raconte. Elle me dit le pire sur l'employeur, et que là, non seulement elle n'est pas allée à l'inspection comme je lui avait dit pour ce qui est d'éventuelles entorses au code du travail (je ne suis pas inpecteur, ni même juriste), mais de toute façon, elle a mal partout, elle n'a pas le moral, ne sais pas si elle va tenir, mais sa présentation de femme toute pimpante m'interroge quand même. Je lui explique que tant qu'elle est en arrêt je ne peux pas me prononcer sur l'aptitude, et que j'attends de l'employeur qu'il me montre le poste de travail. Je l'appelle, il me dit qu'il lui a proposé un poste de "commerciale" en porte à porte (à l'ancienne, ben voyons) parce qu'il pense qu'avec elle, ça pourrait marcher. Je lui explique qu'avant de lui proposer un nouveau poste, il pourrait éventuellement alléger son poste. Là, il explose de colère et nous arrivons à un consensus en convenant d'un rendez vous après le week-end pour voir le poste et se parler.
J'ai été accueillie par quelqu'un d'extrèmement défensif, qui m'expose qu'il a fait le matin même la quantité de travail qu'elle arrive à faire dans la journée, que ses collègues à elle ne veulent plus travailler avec elle, parce qu'elle les ralentit, elle "papote" chez le client, et en plus, il me raconte qu'elle crie partout qu'elle veut que je la mette inapte et que, comme ça, elle sera au chomage pour toucher la prime de création d'entreprise. Alors, il me dit qu'il ne veut plus la voir parce qu'elle a berné tout le monde, qu'elle ne travaille pas assez, et que ça l'arrange que je la mette inapte.
J'ai effectivement vu le poste de travail, et je n'en ai pas pensé que la pénibilité soit effrayante. Les gestes répétitifs, sont d'environ 6à 12 pour une demi heure, intercalés dans la mise en place du matériel, le rangement et la facturation au client. Le temps de faire le travail sans trainer d'accord, mais bon, faisable pour ce que j'ai vu. Une fois dehors, le chef, toujours hors de lui, continue sa plainte qu'elle est vraiment un traitre, qu'elle s'est fait embauchée pour avoir un crédit et qu'elle a maintenant droit au chomage si "on joue son jeu". Il trouve cela abjecte, et ne veut plus la voir, il attend qu'elle démissionne et n'aménagera pas plus son poste qu'il ne l'a déjà fait depuis qu'elle est là. Il dit qu'il a déjà plein d'appels pour la remplacer.
Je ne suis pas une marionnette: pourquoi je mettrai inapte quelqu'un qui ne l'est pas ? pourquoi je devrais céder à l'application du code du travail article 230-2 disant que l'employeur est responsable de la santé de ses salariés ? Après tout, s'il pensait qu'une femme ne pouvait pas faire ce travail, pourquoi l'a-t-il embauchée ? Alors, il est respônsable de son embauche quelque soit les mesures d'adaptation qu'il soit obligé de faire ? En même temps, comment supporter dans cette entreprise que cette femme fasse la moitié du travail sans faire des mesures injustes qui cassent le collectif ? Et puis, personnellement, je ne sais pas quoi penser de ce que le chef m'a rapporté de sa demande d'inaptitude ? Pourquoi ne me l'a-t-elle pas demandé ? pourquoi a-t-elle choisi le médecin du travail pour se faire virer ?
J'ai beau penser que je dois améliorer les conditions de travail, je n'ai pas l'impression que ce chef soit vraiment de si mauvaise composition que cela, mais sa façon défensive, presque aggressive et injuste de parler de sa salariée m'indispose.
Bref, je suis tiraillée, je comprends pourquoi des médecins du travail ont des difficultés à se positionner, notre subjectivité est atteinte, on essaie de prendre du recul, mais pour l'instant, ce que je finis par me dire, c'est que je n'ai pas toute les cartes en mains. Pourtant, les choses de loin me paraissent simples: elle, ne veut plus être là et lui ne veut plus d'elle, pourquoi faut-il que j'y sois mélée ?
Je joue donc pour cette partie une carte MEDICALE: je vais demander un avis spécialisé pour savoir si elle a oui ou non une tendinite. Peut-être d'ailleurs que la carte du temps fera l'affaire de cette histoire pas claire. N'empèche que cela ébranle chez moi le mythe du salarié à protéger... Reste à reprendre ma position de conseiller en SANTE.
Heureusement que j'ai des collègues avec qui je peux demander de m'aider à comprendre...les bienfaits du collectif !
11 janvier 2006
La machine à aptitude
Je vous explique le contexte: je dois remplacer des collègues absents pour cause de "démarche compétence" dans mon service. Ok.
Mais je ne connais ni leurs entreprises, ni leurs salariés, ni les risques, ni la surveillance nécessaire. Mais pour leurs quelques jours d'indisponibilité, je dois compenser les visites qu'ils ne feront pas, décision du directeur en leur faveur.
Alors, quel contenu pour ces visites, sachant que certains plannings ne me donnent que 15 minutes pour faire un entretien, un examen, et un papier (avec un peu de saisie informatique parce que je fais du zèèèle).
A ce temps, là, moi je propose une solution plus vivable sur le plan économique: la machine à aptitude, et comme ça, je libère mes compétences pour faire du VRAI travail.
Voilà le style de l'engin: genre urinoir automatique, on rentre dedans avec un jeton. Déjà, faut pouvoir, et sinon, pas de papier d'aptitude, c'est qu'on est inapte, viré. voilà.
Après, on rentre dedans, et on tape des données dans un ordinateur: avez vous des antécédents médicaux oui/non, avez vous été opéré, fumez vous, quel poste occupez vous dans quelle entreprise (à moins que cela ne soit sur le jeton), avec des caractèrees de plus en plus eptit pour faire visiotest en meme temps.
Après, la machine fait mettre à poil, "pissez là", elle répond le poids et la variation ("vous avez pris..5 kilos" (enceinte de 5 mois)), dès qu'on met les pieds sur la zone rouge au sol (apres le pipi, soyons gentils), il faut mettre les mains au plafond, puis au sol, on met son doigt dans un appareil qui prend le pouls et la tension, un colorimetre prend la couleur de la conjonctive, et un embout calcule l'alcoolémie, et pour certaines machines perfectionnées, la machine palpe les seins (faisons un peu de "santé publique" que diable), à l'issue de tout cela, la machine ordonne de se rhabiller et hop, on sort avec le papier, apte, à moins que cela ne soit un tatouage transitoire sur une partie du corps (le front, pourquoi pas).
Voilà, et les autres, les autres, ben, pas aux normes...pas de solution.
Voilà comment finalement je dois me dire que 15 minutes, c'est presque beaucoup pour voir l'aptitude, ne parlons même plus d'évaluation du risque ni de conseils de prévention, et encore moins de vécu du travail, et sans compter tous ces médecins qui sont en retard, qui dérangent les entreprises en ...quoi??? prenant du temps pour les salariés...je crois que je n'ai rien compris à mon travail. (???)
Parmi les médecins que je remplace, rare sont ceux qui me disent ce qui va être mon job pour eux, le message est clair, je dois faire 1% de leur total de visite, le contenu est peu important, c'est le résultat, l'absence de retard dans l'effectivité des visites de leur effectif. Je rappelle qu'ils sont dans une "démarche compétence"...Et que la facturation des services de santé au travail est souvent calculée en terme de visite, et non pas de service médical...dommage...
En tout cas, dès demain, je continue, et j'ai vraiment honte d'entendre en plus les salariés dire "merci"...c'est ça au revoir...grrr...vivement que ce temps soit passé, que je puisse faire VRAIMENT mon travail !
(Et si vous voyez votre médecin bientôt, dites lui si vous pensez qu'il pourrait être remplacé par la machine !)
