Patrick revient me voir quelques semaines après, il est en arrêt de travail, il va mieux. Il discute mieux, et il parvient à me dire ce qui ne va pas dans le nouveau planning. Il a pris le temps de regarder: depuis quelques années, le temps à consacrer aux taches d'entretien du parc et des jardins est passé de 18h par semaine à 10h par semaine, pour une charge plus importante, parce que des parterres de fleurs ont été installés et qu'il faut les nettoyer plus souvent que de l'herbe à tondre. Le nouveau planning prévoit toutes les tâches à faire sans marge de manoeuvre (sans doute au cas où il pourrait croire que les plages où il n'y a rien de prévu, il n'y a rien à faire...) et tout est organisé: deux heures pour les vitres de toutes les cages d'escalier, une heure pour rentrer, laver toutes les poubelles et les ranger dans les cages d'escalier, une heure et demie pour passer toutes les semaines l'aspirateur dans toutes les caves (8 cages),...et en haut de la page est écrit "tâches supplémentaires, voir feuille annexe". Sur la feuille annexe, il ya trente lignes de taches à faire en plus selon la météo, et s'il restait du temps pour le faire. Mais de toute façon, il faut le faire.

Patrick est tout à fait d'accord pour le faire, il a l'habitude au bout de 15 ans de travail à cet endroit, mais il tente de courrir derrière les tâches à faire, et de contenter tout le monde. Il veut que la résidence soit bien entretenue, il se donne à fond (il dit même avec humour qu'il essaie de battre ses propres records de rapidité: "j'ai mis 1h30 pour ramasser toutes les feuilles, une fois, essayez-donc de me battre !!"). Mais quand Madame Tsoin-Tsoin lui demande d'arracher toutes les mauvaises herbes avant de tondre, par exemple, il est d'accord mais cela lui prendrait trop de temps, ce qui lui serait reproché ensuite. Injonction paradoxale, ça s'appelle.

Il a été convoqué par le médecin conseil (de la CPAM) qui met fin aux indemnités journalières quelques jours après, celui qui lui a dit qu'il fallait reprendre, de ne pas se "laisser aller" dans un arrêt de travail trop long. Mfff. Ensuite, Patrick devait avoir ses congés annuels, ça tombe plutôt bien. Et puis, il a repris ses esprits et il va mieux.

Dans la réforme de médecine du travail, il est maintenant prévu, qu'avec l'accord des salariés, les médecins du travail peuvent faire des recommandations avant la reprise lors des visites de pré-reprise. Je téléphone donc à l'employeur pour lui dire que Patrick va reprendre son travail, et qu'il faudrai d'abord revoir son planning. Il faudrait également que Madame Tsoin-Tsoin puisse venir à l'Agence pour discuter des reproches qu'elle a à faire à Patrick et du planning. L'Agence me répond que Madame Tsoin-Tsoin ne devrait plus s'occuper de Patrick bientôt...suite à une discussion qu'elle a eu avec elle.

J'écris donc des recommandations sur une fiche de pré-reprise: "revoir le planning pour qu'il soit faisable et éviter les reproches répétitifs (L1152-1 du code du travail). Etude de poste prévue à la reprise de Patrick". Et Patrick a repris son travail.