Tania est concierge. Elle fait couragement tous les jours le ménage dans la cage d'escalier, le hall, les étages. Elle change les sacs poubelles dans les poubelles de la cave à côté des poubelles du vide ordure. Malgré les jours de pluie où les gens rentrent sans essuyer leurs pieds, magré les jours où il faut refaire encore le travail après le passage de la dizaine de chiens de l'immeuble pour la promenade du matin, ou celle du soir. Malgré les grognements du Monsieur du 4e quand l'ascenceur est bloqué pour le nettoyer. Malgré les surfaces vitrées à faire à fond en bas alors que l'escabeau est instable et qu'il faut aller jusqu'en haut. Malgré les serpillères usées, malgré les économies de bout-de-chandelle faites sur les produits ménagers, malgré tout, chaque jour, elle rend propre les lieux communs.

Un jour, alors qu'elle est dans la cave en train de changer les sacs poubelles, quelqu'un de l'immeuble surgit, la critique, la discussion s'envenime, impossible de s'en aller dans ce recoin de cave, elle est terrorisée, la personne s'énerve et la gifle. Le choc pour Tania qui ne comprend pas ce qui a pu déclancher cette violence, au travail, dans un recoin de cave.

Elle part porter plainte, déclare l'événement en accident de travail, et accepte un arrêt récupérateur. Je l'ai reçue en visite de reprise, Tania pleure, elle a 50 ans, elle a peur de retourner à cet endroit: comment faire si la situation se reproduit? comment imaginer qu'un tel événement ne se reproduira pas ? Et si c'était pire la prochaine fois ? Elle est traumatisée et elle a honte de se voir si affaiblie. 

Je la rassure et je rédige une restriction d'aptitude sur sa fiche: "Apte sauf le local à poubelle". Evidemment, cela gène l'organisation du travail, l'employeur m'appelle rapidement pour me convaincre de ne pas continuer dans cette voie avec cette personne. Je fais l'étude de poste, et je vais le rencontrer.