La suite de l'histoire de l'ingénieur a mis du temps à être écrite, je cherche à concilier vie professionnelle et vie privée !

Dans la phase diagnostic, j'ai cherché à rencontrer ses collègues de travail d'une part, pour évaluer leur état de santé dans de telles circonstances: avaient-ils vécu les choses de la même manière? Avaient-ils eu le même impact sur leur activité de ces problèmes de relation avec le client? Comment avaient-ils fait pour supporter cette situation ? Ensuite, j'ai rencontré le N+1, le N+2, le supérieur impliqué dans le projet de manière indirecte. Je voulais savoir également s'ils avaient eu des conséquences de la difficulté de ce projet sur leur propre santé et s'ils avaient pu mesurer qu'il en avait eu sur la santé des salariés avec qui ils travaillent.

Avec les collègues de travail, je m'attendais à ce que chacun se protège bien des problèmes du projet et je craignais de me heurter à des "tout va bien, RAS". L’enquête aurait alors été beaucoup plus difficile pour moi. Finalement, je n'ai pas du tout obtenu ces réponses. J'ai pu continuer d'appréhender ce qui pouvait rendre ce projet fou, et ce qui pouvait rendre malade. Chacun avait plus ou moins pris ses précautions pour s'en éloigner, de ne faire que le nécessaire urgent, laissant alors l'ingénieur que j'avais vu dans un isolement qui expliquait aussi son désarroi.

Les managers, eux, minimisaient les choses, le N+2, presque du côté du mensonge. J'ai dû abattre les cartes que j'avais en main, comme quand on joue au poker pour déjouer ses répliques. Cet entretien avec le N+2 a quand même été une joute difficile. Le supérieur qui n'est pas directement dans le projet, lui, se demandait comment faire avec ce "maillon faible", il était plutôt dans le déni avec des phrases du genre "des idées suicidaires, on en a tous !" ou encore "il y a les sportifs de haut niveau et il y a les autres". J'ai pu répliquer à ces phrases toutes faites, mais il y a des fois où je préfèrerais être sourde !! 

Une fois ce tour d'horizon fait, j'ai pu passer à l'étape "Acte Trois - Traitement", et contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, les médecins du travail ne sont pas que des spectateurs, ni que des distributeurs de mouchoirs, d'inaptitude ou je ne sais quoi d'autre. Et contrairement à ce que pensent certains, ce n'est pas juste de la frustration de médecin du travail que de vouloir appeler cette phase d'intervention "traitement". Il s'agit bien de traiter la situation, l'assainir d'abord et prévenir les récidives ensuite.