25 mai 2009
Réactions
Si j'ai du mal à écrire ici des histoires issues de mes consultations en ce moment et que j'ai essayé de l'exprimer, le vif débat qui a suivi ma dernière note me permet enfin d'écrire à nouveau.
Puisque je voulais partager ici ce que je découvrais dans mon métier et que j'ai déjà pu écrire sur divers sujets, je cherche à démontrer que ce métier en est bien un, qu'il a sa place au cœur des entreprises, et pas seulement pour pleurer, se navrer ou faire de la politique en secret.
Monsieur Bachet, je suis piquée au vif par votre premier commentaire qui ne manquait pas de virulence, à l'image sans doute de ce que vous avez de colère contre les médecins eux-même d'une part et du gâchis réalisé par l'institution telle qu'elle est aujourd'hui., d'autre part Par contre, si dans nos échanges personnels, je pourrais rompre l'anonymat, il me semble que, pour préserver ce blog, il m'est indispensable de restée masquée pour écrire ici. Je vous remercie de me donner l'occasion de faire le point sur des questions qui sont régulièrement mises en avant pour accuser tous les médecins du travail et je vais essayer d'aborder les sujets dont vous parlez avec ce que j'ai compris de mon métier.
Docteur mdt, j'entends votre soutien à mes pleurs mais je ne crois pas que nous ayons la même façon de voir le métier: vous dites n'avoir pas oublié votre métier de médecin généraliste, alors que je crois fermement que les médecins du travail n'ont rien à voir avec eux. Les médecins généralistes et les médecins du travail doivent travailler ensemble, mais tout comme les différents spécialistes se mettent en relation pour la prise en charge la plus favorable d'un patient. Par contre, je revendique un exercice spécialisé de la médecine en rapport avec le milieu de travail, ce que ne pourra jamais faire un généraliste, de même que je ne m'improviserais pas généraliste. Par ailleurs, je ne fais pas de politique dans mon cabinet, tout comme je ne sers pas à la gestion du stress, je ne sers pas à recevoir soutenir leur moral, ni même encore à dépister ce qu'ils n'auraient pas vu ou pas pris soin de voir. Quant au tiers temps, je ne le passe pas à faire des propositions, ce qui supposerait que j'ai des connaissances sur le métier des salariés ou celui des chefs d'entreprises. Pour ma part, je garde ma posture du côté des compétences médicales en lien avec le travail, et j'accompagne la santé au travail dans les entreprises. Avec le travail que nous faisons ensemble à ce sujet, je souhaite que ces entreprises puissent trouver des solutions prenant en compte la santé avec ce que je peux leur apporter de connaissance ou d'appui, et non pas sur des conseils inadaptés venus d'ailleurs. Par exemple, dire à des fraiseurs de mettre des bouchons d'oreilles, c'est indiscutable, le bruit est néfaste pour la santé. Mais le faire sans comprendre le métier qu'ils font, ce métier qui intègre beaucoup de finesse diagnostique dans les bruits du travail, c'est nier le travail lui-même, et donc c'est voué à l'échec. De même, des serveurs en salle n'ont pas besoin de chaussures de sécurité, pourtant je revisn d'un restaurant où elles avaient été demadnées pour les salariés ! C'est bien avec des médecins qui donnent des conseils descendants et qui ont l'impression de bien faire leur travail de prescripteurs que les salariés et les entreprises se bouchent les oreilles ! Arrêtez de materner les salariés !
Je continue de demander aux salariés s'ils savent à quoi sert la médecine du travail, généralement, ils ne savent pas ou bien ils croient des choses erronées. Ils sont souvent très surpris de savoir qu'on n'est pas des fonctionnaires, qu'on n'est pas de la "sécu", qu'on n'est pas là pour tout raconter aux patrons, qu'on n'est pas là pour le dépistage "au cas où" (comme l'IRSA), qu'on n'est pas là pour les "surveiller", les "contrôler", ni pour voir s'ils sont "aptes à travailler". Qu'on n'est pas là pour les engueuler parce qu'ils ont oublié leur carnet de santé, qu'ils n'ont pas vu le dentiste, qu'ils n'ont pas mis leurs bouchons, qu'ils ont un patron ceci ou cela. Ils sont généralement très accueillants quand je leur explique que je veux faire de la santé au travail et que cela les concerne. Que je ne peux travailler pour eux que s'ils sont consentants, c'est-à-dire que je travaille pour eux et avec eux. Et avec les chefs d'entreprises et pas contre eux.
Redonner sens au dialogue autour de la santé dans le travail.
A bientôt pour un autre débat.
18 mai 2009
Mal au coeur
Pas trop le coeur à écrire en ce moment.
Je ne fais pas beaucoup de prévention en ce moment, je fais surtout des visites pour ceux qui ont mal à leur travail. Mal aux épaules, mal aux coudes, mal aux poignets, mal au dos, un salarié est en réanimation avec une maladie pulmonaire peut-être professionnelle (et surement pas reconnue comme telle). D'autres ont des douleurs psychiques, plus difficiles à quantifier, plus difficiles à aborder, plus difficile à rendre visibles. Certains viennent me voir pour "changer de poste à cause des douleurs mais pas à n'importe quelle condition"...D'autres en ont marre de mettre leurs équipements de protection et viennent me voir pour que je les leur contre-indique !
De consultation en consultation, je ne fais pas de prévention. Je fais du rafistolage, je trouve des moyens pour qu'on trouve un juste milieu, un modus vivendi pour que ceux qui veulent travailler le puissent dans les meilleures conditions possibles.
Mais la crise économique est là avec les angoisses sur l'avenir pour les emplois.
Il y a les complices des maltraitances, mais font-ils vraiment ce qu'ils voudraient? Eux-aussi sauvent leur peau. Il y a les chefs qui fuient d'un air pressé pour ne pas voir. Il y a les réunions où on explique aux salariés combien les défauts de production ont coûté...en faisant croire que c'est de leur ressort.
Cette semaine un salarié est entré dans mon bureau en demandant "il y en a pour longtemps ?"...(bah, ça dépent...)
Je suis un peu écœurée, (pas démotivée). Mais je n'ai pas le cœur à écrire, rien de drôle, pas grand chose à décrire de formidable, juste de l'ordinaire des souffrances au travail que tout le monde croit faire bien semblant de trouver ordinaires.
Marre de la banalisation des souffrances, marre de la banalisation des violences, marre d'être un peu submergée de plaintes, de souffrances, de peurs racontées, d'histoires grinçantes.
Et en plus de ça, la médecine du travail est en train d'être négociée par les partenaires sociaux. Que va-t-elle devenir: la visite tous les 4 ans? pas de visite? des visites par des infirmières? Des inquiétudes sur notre propre métier s'ajoutent à ce que nous voyons, nous, les médecins du travail, comme tableau désastreux des conséquences des organisations actuelles qui nient l'humain. Des chiffres, des chiffres, des chiffres.
Des chiffres à en avoir mal au cœur.
