18 mai 2009
Mal au coeur
Pas trop le coeur à écrire en ce moment.
Je ne fais pas beaucoup de prévention en ce moment, je fais surtout des visites pour ceux qui ont mal à leur travail. Mal aux épaules, mal aux coudes, mal aux poignets, mal au dos, un salarié est en réanimation avec une maladie pulmonaire peut-être professionnelle (et surement pas reconnue comme telle). D'autres ont des douleurs psychiques, plus difficiles à quantifier, plus difficiles à aborder, plus difficile à rendre visibles. Certains viennent me voir pour "changer de poste à cause des douleurs mais pas à n'importe quelle condition"...D'autres en ont marre de mettre leurs équipements de protection et viennent me voir pour que je les leur contre-indique !
De consultation en consultation, je ne fais pas de prévention. Je fais du rafistolage, je trouve des moyens pour qu'on trouve un juste milieu, un modus vivendi pour que ceux qui veulent travailler le puissent dans les meilleures conditions possibles.
Mais la crise économique est là avec les angoisses sur l'avenir pour les emplois.
Il y a les complices des maltraitances, mais font-ils vraiment ce qu'ils voudraient? Eux-aussi sauvent leur peau. Il y a les chefs qui fuient d'un air pressé pour ne pas voir. Il y a les réunions où on explique aux salariés combien les défauts de production ont coûté...en faisant croire que c'est de leur ressort.
Cette semaine un salarié est entré dans mon bureau en demandant "il y en a pour longtemps ?"...(bah, ça dépent...)
Je suis un peu écœurée, (pas démotivée). Mais je n'ai pas le cœur à écrire, rien de drôle, pas grand chose à décrire de formidable, juste de l'ordinaire des souffrances au travail que tout le monde croit faire bien semblant de trouver ordinaires.
Marre de la banalisation des souffrances, marre de la banalisation des violences, marre d'être un peu submergée de plaintes, de souffrances, de peurs racontées, d'histoires grinçantes.
Et en plus de ça, la médecine du travail est en train d'être négociée par les partenaires sociaux. Que va-t-elle devenir: la visite tous les 4 ans? pas de visite? des visites par des infirmières? Des inquiétudes sur notre propre métier s'ajoutent à ce que nous voyons, nous, les médecins du travail, comme tableau désastreux des conséquences des organisations actuelles qui nient l'humain. Des chiffres, des chiffres, des chiffres.
Des chiffres à en avoir mal au cœur.
Commentaires
comme vous
Bonsoir,
pas gai ce message. On est comme vous, à voir ce que vous voyez, à faire ce que vous faîtes, à revenir presque à des consultations de médecine générale. Bien sur que ce n'est pas tout à fait notre rôle mais on est des médecins avant tout et c'est important. J'ai lu récemment dans un livre une phrase qui résume notre devoir: le patient a besoin de placer sa confiance dans une conscience et on sert aussi à cela en médecine du travail.
Je fais passer le message en ce moment dans mon cabinet, du rôle que chacun des salariés peut avoir sur sa vie, en n'acceptant pas tout, en se serrant les coudes, en réfléchissant sur ce qu'ils veulent pour leur avenir, pour la société. De cette crise, il peut ressortir quelque chose de bon, on peut changer nos choix de société. Je ne baisse pas les bras, c'est un autre moyen de prévention et les gens nous écoutent.
Double tranchant
S'il est sans doute vrai que des consultations peuvent aider les salariés à retrouver une part de leur action dans les possibilités de la prévention, il ne s'agit pas de leur dire que tout est dans leurs mains, comme l'ensemble de la hiérarchie essaie de leur faire croire: ils seraient responsables de la qualité, responsable de la quantité, responsable de l'amélioration de leurs postes, responsable de tout sans avoir aucune marge de décision, ce qui est une imposture perverse.
Je ne suis pas aussi formelle avec les salariés et je préfère parfois montrer mon désarroi que de les laisser à leur sort: "faites ce que vous pouvez, le monde est à construire". Non.
si le monde change après la crise, ce sera peut-être sans ouvriers, je vais pas leur dire que c'est positif et que tout est à construire avec eux! Etre positifs à tout prix c'est écraser l'information qu'on est dans un cadre économique catastrophique, (Etre positif n'empèche pas d'entendre les parachutes dorés ou autres) mais aussi dans un cadre industriel de plus en plus irréel.
Je considère donc que faire mon boulot, c'est plutôt acter le fait que la situation est en effet incompréhensible, et je laisse à voir que je m'en indigne. C'est dans cette indignation que les salariés pourront retrouver des éléments de réalité qui leur permettra de faire face.
Et non pas en leur disant qu'ils n'ont pas si mal ou que ça va passer.
mon avis
Bonsoir,
Je ne cache pas aux salariés que la situation est mauvaise, de toute façon ils le savent sans moi, je leur dis simplement que c'est peut être maintenant qu'il faut réfléchir sur les choix de notre société.
Le collectif peut dire qu'il n'est pas d'accord et cela peut faire peur à certains dirigeants, on l'a bien vu. Et je crois que notre rôle est de le dire (je fais un peu de politique dans mon cabinet....)plutôt que de pleurer avec eux. C'est la passivité ( qui s'est mise en place pour beaucoup de raisons) qui nous a amenés là ou nous sommes et je crois qu'elle ne nous en fera pas sortir. Les salariés que je vois réagissent bien à mon discours.
Je vais dans des formations, des congrés et je vois bien que le discours changent. C'est à nous d'aider les patients à se réapproprier certaines choses quelque soit notre exercice.
C'est une façon de voir les choses, c'est la mienne en tout cas.
Je crois que malgré nos attitudes différentes, on s'oppose à la même chose.
Cela vous étonne !
Chère Madame,
Vous êtes un peu écœurée écrivez-vous et vous avez du mal à sortir de ce malaise ou de cette "subjectivité souffrante" qui semble caractériser de nombreux médecins du travail (pas tous heureusement).
Je me permets donc de vous conseiller de produire une analyse un peu sérieuse de votre métier au lieu d'afficher régulièrement votre malaise en portant votre souffrance en bandoulière. Ce sera peut-être plus convaincant et plus opératoire.
Je vous propose tout d'abord les quelques réflexions suivantes qui ont été produites par des médecins du travail actifs et engagés.
"La médecine du travail, depuis 60 ans à la main des employeurs, est maintenant dans l'impasse…
Depuis 1946 les services de médecine du travail puis de santé au travail sont dirigés par les employeurs. Cette "gouvernance" a fait la preuve de son incapacité à conduire des objectifs de santé publique et l'affaire de l'amiante a illustré de façon tragique la faillite de ce système.
Les premières étapes de la réforme mise en place de 2002 à 2004, n'ont pas entraîné d'évolution significative de l'activité des services de santé au travail, comme l'a constaté le rapport IGAS en 2007.
En réalité, sur le terrain, on est loin, très loin des grandes déclarations de la réforme …
Aujourd'hui, malgré tous les discours d'affichage, les services de santé au travail sont en échec sur des points essentiels comme la veille sanitaire, la traçabilité des expositions, la conduite d'actions de prévention coordonnées, le maintien dans l'emploi des personnes ayant des problèmes de santé.
Ils se montrent incapables de s'organiser pour faire face aux priorités affichées : prévention des cancers professionnels, des troubles musculo-squelettiques, vigilance particulière auprès des populations les plus fragiles ou les plus exposées (travailleurs précaires, intérimaires, sous-traitants des secteurs à haut risque), suivi à long terme après les expositions aux cancérogènes.
En effet, l'organisation de ces services reste dominée par une logique gestionnaire qui va de pair avec une concurrence "au moins disant", inconciliable avec l'indispensable coopération entre professionnels. Elle maintient fortement le principe désuet d'une intervention strictement enfermée dans les limites de l'entreprise et ne manifeste aucune volonté de s'adapter à des objectifs de santé publique vis-à-vis des populations de travailleurs. Les directions de service ne prennent pas en compte une approche large de la santé au travail, au-delà de la vision de l'entreprise.
Ainsi il n'y a jamais de proposition pour assurer de façon cohérente le suivi longitudinal des salariés, alors que les parcours professionnels sont de plus en plus éclatés et les SST multiples et divisés.
Il n'y a aucune évaluation rigoureuse des résultats obtenus (actions de prévention, maintien dans l'emploi), ni d'initiative sérieuse pour travailler en coopération avec les autres structures, quel que soit l'affichage des signatures de conventions et contractualisations.
Les rares tentatives de travail en réseau sont l’effet d’initiatives de professionnels isolés, qui s’épuisent à essayer de les faire vivre.
La réorientation de l'activité des médecins du travail et des professionnels de santé au travail vers les objectifs affichés impose un changement radical de gouvernance et d'organisation des structures où ils exercent. Tant les systèmes paritaires que ceux dirigés par un conseil d’administration auquel est adossée une commission de contrôle, ont fait preuve de leur inefficacité, malgré les moyens financiers et humains dont disposent les SST.
Seule une gouvernance garantissant l’exercice réel d’une mission de santé publique, impliquant largement les pouvoirs publics et les professionnels de santé au travail, peut permettre aux médecins du travail et aux équipes pluridisciplinaires de santé au travail de remplir les missions qui leur sont confiées".
Quelques mots enfin pour terminer.
Il faudra un jour que vous soyez en mesure de faire votre propre auto-critique concernant les méthodes d'approches d'un certain nombre de médecins du travail (lors de l'examen clinique et en particulier du déshabillage).
Quand on demande à un(e) salarié(e) d'apparaître immédiatement en slip et en chaussettes (ou en culotte et soutient-gorge) après être passé (e) dans une cabine de déshabillage et que l'on discute avec lui (ou elle) dans cette tenue, peut-on encore parler du respect de la dignité d'autrui ?
Cette pratique existe encore et a été courante durant des décennies !
Vous êtes vous interrogée sur cette forme de "violence symbolique" que de nombreux médecins du travail ont fait subir aux salariés ?
En fait, vous prolongez dans le cabinet médical les formes de subordination et de domination que l'on trouve dans l'entreprise même si l'exercice de votre pouvoir prend des formes plus atténuées (un peu de psychologie, d'humanisme et de psychodynamique du travail, je caricature à peine !).
Je vous renvoie sur tous ces points à mon article "Les ambivalences d'une institution en quête de légitimité: le cas de la médecine du travail" (Les cahiers rationalistes,janvier 2000).
Dans quel système vivons nous pour accepter encore de se soumettre à un protocole infantilisant en vue obtenir un "avis d'aptitude" nous donnant le droit de travailler ?
(Heureusement que certains salariés refusent de se soumettre à un tel dispositif humiliant validant ainsi l'hypothèse selon laquelle le pouvoir des dominants s'appuie principalement sur le consentement des dominés).
Il faut encore être prisonnier d'un vision eugénique (de triste mémoire) pour cautionner la notion "d'aptidude" et faire participer des êtres humains à leur propre servitude volontaire !
Quant à la situation sociale, politique et économique actuelle qui ne vous convient pas (et cela se comprend), savez vous que l'on vit depuis plus de deux décennies dans un capitalisme déréglementé à dominante financière qui affecte le travail et les conditions de vie de millions de personnes ?
Les entreprises n'ont comme objectif que la recherche exclusive du profit (les PME sont soumises elles aussi de plus en plus aux stratégies financières de court terme des grands groupes)alors que d'autres finalités institutionnelles pourraient leur être assignées telles que "produire des biens et des services". Ce qui implique de revoir les droits exhorbitants issus de la propriété et de construire collectivement des formes d'efficacité économique et sociale non réductible à la seule rentabilité financière.
Dans ce système où les détenteurs de capitaux ont tous les droits, le travail des salariés n'est appréhendé que comme un coût alors qu'il est aussi une source de valeur et de développement.
Mais pour valoriser le travail et préserver la santé des salariés, il faudrait changer en profondeur les règles du jeu actuel. Cela suppose préalablement de construire un diagnostic socio-économique rigoureux et de faire ensuite des propositions sérieuses, crédibles et cohérentes.
Les lamentations et les états d'âme ne seront pas d'un grand secours. Sauf si cela permet à un certain nombre de médecins du travail de conforter leur inaction et de justifier leur impuissance afin de se donner bonne conscience.
En vous priant de bien vouloir excuser le caractère direct de mon propos, je vous prie de recevoir chère Madame, l'assurance de mes plus sincères salutations.
Daniel Bachet
!!!!!!
Monsieur,
je vous remercie de l'intérêt que vous avez porté à ma note au point de réagir dans un commentaire fort intéressant.
Je ne suis médecin du travail que depuis 2 ans et ce blog porte aussi cette naïveté-là. Je ne cherche pas du tout à faire pleurer ni à me lamenter tout le temps.
Je fais le même constat que vous sur la nullité actuelle des visites médicales la plupart du temps et d'ailleurs de la nullité des actions des médecins mis dans des rôles de conseillers rapidement transformés en bouffons.
Quant à ce que vous dénoncez de la visite médicale où les personnes sont déshabillées sans respect dans des anti-chambre avant la visite médicale, je ne vois pas au nom de quoi on continuerait, mais comme vous le dites, à mon grand étonnement, personne de s'insurge quand cela a lieu. Je n'ai pas du tout cette pratique et quand à la psychologie du travail, je ne pense pas plus violer les gens et je respecte leur silence quand ils ne veulent pas parler.
En débutant dans ce métier, inventer d'autres règles de travail que les abérrations et nullités de la plupart des médecins me met dans une sorte de labyrinthe que reflète ce blog. Il y a peu de débats sur le métier entre professionnels.
Comme vous le dites, il ya dans ce métier des éléments abérrants qui dépendent des médecins eux-mêmes mais d'autres relèvent plutôt des règles de fonctionnement. Par rapport à cela, je me sens aujourd'hui impuissante. Quant à la traçabilité des expositions, je ne vois pas comment on pourrait faire aujourd'hui puisque les FDS sont incomplètes ou fausses, parfois désuètes, quand elles sont disponibles dans les entreprises qui ignorent leur existence (ou qu'elles feignent d'ignorer, le résultat est le même). L'évalutation des risques est loin d'être réalisée dans toutes les entreprises. Quand un médecin doit s'occuper de 250 entreprises, près de 3500 salariés comment voyez vous la traçabilité des expositions?
Je ne parviens pas à récupérer les noms des produits chimiques utilisés par un salarié qui a quitté l'entreprise que je suis il ya dix ans, un autre salarié au même endroit a demandé un certificat d'utilisation du trichlo (15années d'exposition sans doute) à son entreprise, qui ne veut pas lui donner. Que dois-je faire?
Les employeurs qui m'emploient aujourd'hui ne veulent rien faire pour les TMS, est ce que je faire autrechose que compter les blessés et écrire qu'il faudrait changer quelquechose en "donnant des conseils"?
Je fais partie des médecins actifs, et je ne peux pas raconter tout sur un blog. Ecrire dans cette forme de journal est un moyen de dire que tous les médecins du travail ne font pas que des visites de routine en mettant à poil tout le monde. D'ailleurs, je surprends généralement les salariés en présentant les missions des médecins du travail, je cherche à faire ce métier correctement.
Si ce métier a besoin d 'être réformé, j'espère que l'avenir nous permettra d'agir pour la santé au travail. Votre indignation rejoint la mienne et je vous remercie de l'avoir écrite.
A vous lire.
Sentinelle.
mon avis
Bonjour,
J'ai lu avec beaucoup d'intérêt ces échanges. Je reprocherai seulement à l'avant dernier intervenant sa virulence contre ce médecin du travail qui a le courage d'écrire ce qu'elle pense et qui est le constat de nombreux médecins, chacun réagissant ensuite en fonction de sa personnalité pour essayer à son petit niveau de protéger ces salariés.
En ce qui me concerne pour ne pas oublier que je suis avant tout un médecin, je fais des formations en parrallèle où on nous rappelle ce que le mot éthique, humanité...veut dire et je le conseille à tous car effectivement dans ce métier, un peu particulier, on peut vite l'oublier.
Bien sur aussi, il faudrait qu'on échange tous plus sur nos pratiques, sur ce qu'on fait et qui marche car il y a des choses qui marchent.
Ce que décrit Monsieur BACHET dépasse le seul monde du travail, c'est notre société toute entière qui s'est inscrit dans un processus qui nous a arrangé pendant un certain temps et qui aujourd'hui nous amène à ce triste constat.
Je crois que c'est à chacun de balayer devant sa porte et de réagir en fonction encore de sa personnalité.
Réponse à "mon avis"
Au-delà d'un avis personnel
Le ton probablement trop virulent ne s'adressait pas vraiment au docteur Sentinelle qui est quelqu'un de courageux et de respectueux vis à vis des salariés mais plutôt à un certain nombre de médecins du travail qui se réfugient trop souvent dans le registre de la complainte et de la souffrance au travail.
Personne ne va nier bien entendu que chacun doit agir comme il le peut à son "petit" niveau et si possible échanger davantage sur ses pratiques.
Mais on peut aussi tenter de produire une analyse susceptible de conduire à une meilleure compréhension des situations de travail.
Nous sommes quelques uns qui intervenons auprès des dirigeants et des syndicats afin de mettre en cohérence, dans chaque cas spécifique, la stratégie de l'entreprise, son organisation et les compétences des salariés afin de promouvoir la santé au travail et le maintien dans l'emploi.
C'est une question de méthode, de connaissances (sociologiques, ergonomiques et gestionnaires) accumulées et de parti pris renvoyant à notre souhait de changer les rapports sociaux. Notre objectif est donc d'outiller les salariés et de leur donner les moyens de desserrer le maximum de contraintes.
Ce rappel (trop rapide) ne "dépasse" pas le monde du travail et ne relève pas d'une approche métaphysique de la société. Il s'inscrit au contraire dans le projet de valoriser le travail et l'emploi ici et maintenant.
Dernier point de discussion pour ne pas alourdir cet échange amical. Il est fait allusion par la personne précédente aux termes "d'éthique" et "d'humanité". Pourquoi pas !
Mais comme le dit justement le docteur Sentinelle si tous les médecins du travail ne mettent pas "à poil" les salariés, cela signifie quand même que "certains" le font et ne se sont pas gênés pour le faire (mon enquête et celle de Nicolas Dodier font état de ces pratiques)durant des décennies. Les médecins qui ont fait passer des entretiens entiers à des salariés en slip et en chaussettes qui sortaient de la cabine de déshabillage connaissaient-il le mot "éthique" ou "humanité" ?
Il serait bon parfois de faire preuve d'un minimum d'autocritique sur les abus de pouvoir d'un certain nombre d'experts. Que peut me répondre sur le thème du "respect de l'autre" notre dernier interlocuteur attaché à juste titre aux mots "humanité" et "éthique" ?
réponse à Mr BACHET
On le sait tous que des médecins et pas que des médecins du travail n'exercent pas de façon respectueuse mais je crois que ce n'est pas mon rôle de dénoncer cela.
Mon rôle est juste d'écouter les salariés, leurs plaintes, de les examiner et pour cela je les fais se déshabiller puis de rattacher ce qu'ils me disent à leur travail. Ensuite s'il le faut et souvent il le faut, j'avertis l'entreprise qu'il y a des problémes et je commence à faire des propositions (pour faire court).
L'idéal serait bien sur de donner notre avis sur toutes les conditions de travail et qu'elles soient suivies.Alors exit la visite médicale. Mais ne rêvons pas.
En ce qui me concerne, respecter l'autre, en l'occurence le salarié c'est d'être capable de lui apporter une écoute puis une solution à son problème: soit individuellement soit en travaillant avec l'entreprise, en fonction de ce que ce salarié veut.
Je ne pars pas en guerre de façon systématique mais je sais le faire si la situation l'exige.
Je n'ai pas de grandes idées sur ma façon d'exercer mais j'ai eu des petits résultats qui bien sur ne vont pas faire changer les statistiques mais qui ont changé la vie de certains et qui ont permis d'initier des discussions sur le travail.
Ces échanges doivent rester ce qu'ils sont amicaux car je ne suis pas sûre qu'actuellement quelqu'un détienne la vérité sur ce qui doit être fait. Peut être faudrait il garder notre énergie à convaincre les chefs d'entreprise qu'ils n'ont que des intérêts à améliorer les conditions à titre personnel et civique?
L'interlocuteur est une interlocutrice qui a été aussi médecin généraliste et qui est profondemment attachée à cette formation initiale.
Réponse à mdt
Chère Madame,
Je n'ai jamais douté de la qualité ou de l'utilité de votre travail.
Vous êtes médecin du travail. Je suis universitaire et consultant en entreprise. Nous faisons donc ce que nous pouvons, vous avec les salariés et les employeurs, moi avec les étudiants, les syndicalistes et les chefs d'entreprise. Vous avez fait évoluer positivement des situations personnelles et professionnelles, c'est très bien. Du côté de nos étudiants, nous nous impliquons aussi beaucoup afin de leur transmettre des connaissances leur permettant d'être des citoyens actifs et conscients dans le monde actuel et de s'insérer dans la société.
Cette petite discussion reste quand même très générale et il faudrait peut-être tenter d'aller un peu plus loin pour faire bouger les choses au-delà de nos seules personnes privées.
Mais ce n'est pas une obligation bien entendu et on peut tout aussi bien en rester à une approche superficielle des problèmes.
Tout d'abord, je signe de mon nom ce que j'écris et mes prises de positions sont publiques. Elles l'ont toujours été même lorsque j'ai exercé durant plusieurs années à l'ANACT ou au Commissariat Général du Plan (ce qui m'a posé parfois des problèmes avec les directions de ces institutions).
Deuxièmement, je faisais référence dans mes messages précédents à la "gouvernance" de la médecine du travail. Comment un médecin du travail peut-il se dire libre et "autonome" alors que les services de santé au travail sont financés par les employeurs et dirigés par leurs représentants ? C'est une contradiction insurmontable tant que l'on restera dans le cadre de ces règles du jeu. Autant l'admettre à moins de fonctionner à la dénégation.
Je vois un certain nombre de médecins du travail qui remettent en question l'institution actuelle telle qu'elle fonctionne et qui se battent pour faire valoir d'autres projets au service de la santé des travailleurs. Il faut bien reconnaître qu'ils ne sont pas très nombreux au regard de la population totale des médecins du travail en France (6000 ou 7000). Par ailleurs ces mêmes médecins tentent tout comme vous de résoudre au quotidien les problèmes auxquels ils sont confrontés.
Il faut dire que globalement les médecins du travail représentent une catégorie sociale plutôt conformiste, en tout cas peu subversive (ce qui est aussi le cas des professeurs d'université qui commencent à bouger vraiment lorsque leurs intérêts matériels ou intellectuels sont en jeu).
Troisièmement, il faut bien parler du monde économique et social dans lequel nous vivons. Vous écrivez que ce monde a été accepté tant bien que mal par nous tous. C'est une plaisanterie si je puis me permettre !
Les règles du jeu ont été construites par les acteurs dominants (propriétaires, grands actionnaires, dirigeants politiques influents, etc.) au bénéfice quasiment exclusif de l'intérêt des seuls détenteurs de capitaux et de leurs représentants. Avec les résultats que l'on a constaté (licenciements, délocalisations, absence de perspective d'avenir pour des pans entiers de populations fragilisés, etc.).
Quelle est cette conception de la "démocratie" qui s'arrête aux portes de l'entreprise et de l'économie ? Et on s'étonne ensuite que le travail soit appréhendé comme un coût et que la santé des salariés ne soient plus une priorité ?
Quatrièmement il faut réfléchir un peu à la notion "d'aptitude" qui a toujours servi à se donner bonne conscience et à cautionner indirectement les conditions de travail existantes. Cette idée qui valide une pratique de sélection renvoie à une conception « eugénique » de triste mémoire. Heureusement qu'elle disparaîtra bientôt car elle faisait vraiment mauvais effet dans le tableau.
Dernier point. Vous dites qu'il n'est pas dans votre rôle de dénoncer les abus de certains de vos confrères. C'est votre appréciation. Elle est légitime mais ce n'est pas la mienne qui est tout aussi légitime ; je continuerai pour ma part à dénoncer un état de fait qui oblige les salariés à se dévêtir (en slip et en chaussettes par exemple) pour avoir le droit de travailler.
Vous écrivez dans votre message "je les fais se déshabiller". Mais de quel droit ? Et que faites vous du consentement des salariés ? Que l'on ne me dise pas que c'est une nécessité incontournable. Certains de vos collègues ne sont d’ailleurs pas d’accord avec ce dispositif. C'est le cas du docteur Sentinelle sur ce blog en particulier qui affirme respecter le souhait des salariés.
Un tel dispositif relève de la "violence symbolique". Dans l'enquête que j'avais conduite en 2000, j'avais constaté qu'un certain nombre de salariés refusaient ce protocole infantilisant. Et c’est tant mieux.
D'ailleurs lorsque l'aptitude aura disparu, il sera plus difficile de faire pression sur les salariés pour les soumettre à des demandes aussi peu dignes. Un examen médical respectueux du statut de "sujet" en médecine du travail devrait se dérouler en pantalon (ou en jupe) et éventuellement torse nu pour un homme.
C'est toujours comme cela que les choses se sont déroulés pour moi y compris à l'armée où pourtant les militaires ont tendance à être plutôt intrusifs et peu respectueux à l’égard des appelés. Il est vrai que je ne "baisse jamais mon pantalon" au sens propre comme au sens figuré lorsque je ne le juge pas utile. On n’impose des formes de domination qu’à ceux qui sont déjà soumis dans leur tête ou qui ont peur. Pour moi, mais je ne suis pas le seul, c'est un principe et un choix délibéré que de refuser l’arbitraire sous toutes ses formes. Je laisse bien entendu à d'autres le choix de se soumettre et d’accepter toutes les formes possibles de servitude volontaire !
Recevez chère Madame, l’assurance de mes plus sincères salutations.
Daniel Bachet
réponse à Mr BACHET
Bonsoir,
Je n'avais pas vu votre réponse. Je vais y répondre briévement. Oui, je fais deshabiller les salariés car avant tout, je suis médecin et dans le cadre d'une visite dite périodique, on peut découvrir par exemple un cancer de la peau, on peut découvrir une masse tumorale... Et j'explique cela aux salariés qui hésitent. Peut être ne le savez vous pas mais un bon nombre de gens ne voient que le médecin du travail pendant un certain nombre d'années, donc si notre examen n'est pas complet, je trouve qu'on n'est pas dans l'éthique de notre profession car pour moi je le répéte on est médecin avant d'être spécialiste. Cette façon de faire "saucissonne "le salarié: un médecin pour la gorge, pour la thyroide, pour le travail...Pour moi un être humain ce n'est pas cela, c'est pourquoi dans mon cabinet, je parle de travail, de psychologie, de nutrition, de la vie en général
Je partage comme vous le rejet de la notion d'inaptitude,le rejet de l'arbitraire, je ne cautionne pas certaines conditions de travail ( à tel point que j'ai failli me retrouver au tribunal parce qu'un employeur n'avait pas aimé que je parle de stress dans son entreprise, de produits chimiques) mais je n'aime pas les stigmatisations générales, ni le fait de toujours faire supporter la faute aux autres.
Je ne suis pas universitaire, je suis seulement un peu médecin du travail des BDR depuis 10 ans aprés avoir été un petit médecin généraliste pendant 15 ans et qui sera peut être encore autre chose pendant les années qui arrivent car j'estime que pour parler vraiment de ce que c'est l'être humain, il faut l'avoir "vu" dans ses différentes vies.
En aidant un salarié, je n'ai peut être pas fait changer les statistiques(je crois qu'elles ne changeront pas avec les médecins du travail qui contrairement à ce que semblez croire travaillent correctement mais avec la seule volonté des employeurs) mais en tout cas, j'ai fait ce pourquoi, un jour j'ai prêté serment et cela a plus d'importance pour moi qu'une reconnaissance officielle, qu'un titre ou une publication.
Je suis tout à fait prête à continuer ses échanges à condition de ne pas être agressée car c'est un petit peu ce que vous faîtes.
DR GARNIER
P.S: avez vous déjà assisté à une consultation de médecine du travail?
Réponse à Mme Garnier
Bonsoir Madame,
Comme je vous l'ai déjà dit, il n'est pas question de remettre en question l'intérêt de votre travail et sans doute savez vous parfois prendre des risques pour affirmer vos convictions.
Je ne partage pas néanmoins votre vision des choses d'autant que vous ne me répondez que sur quelques points (et pas sur d'autres telle que la "gouvernance" et la gestion des centre de santé par les employeurs par exemple).
D'abord sur un plan très général, si vos collègues médecins avaient tous travaillé correctement comme vous l'écrivez, l'affaire de l'amiante en particulier n'aurait jamais existé. Les médecins se seraient battus depuis longtemps pour faire éclater au grand jour les risques et les dangers de ces expositions pour la santé qui étaient connus depuis longtemps. Il a fallu attendre que les associations des victimes de l'amiante portent le débat publiquement et avec vigueur pour que le "politique" s'en empare enfin et commence à prendre des mesures d’interdiction !
Cela n'empêche pas qu'un certain nombre de médecins, à titre personnel ait pu dénoncer les dangers de l'amiante. Je dis simplement que votre profession ne s'est pas mobilisée fortement et courageusement dans l'espace public et politique pour dénoncer les employeurs qui ont continué à agir de manière criminelle durant des décennies.
Je ne suis pas le seul à dire cela et ce n'est pas une découverte.
Votre conception de la médecine du travail est probablement partagée par d'autres médecins. Mais ce n'est pas la seule possible.
J'ai quelques médecins du travail parmi mes connaissances dont la priorité n'est pas de découvrir un cancer de la peau (ou du sein ou d'autres choses) mais de participer activement et prioritairement à la construction de la santé au travail en collaboration étroite avec le salarié.
Rien ne vous empêche de proposer vos services en matière de prévention de la peau mais ce n'est pas votre mission. Vous pouvez toujours conseiller à vos salariés d'aller voir un dermatologue dont c'est la fonction et la spécialité. Mes amis médecins du travail m'ont indiqué qu'un véritable examen dermatologique complet prenait beaucoup de temps et que seul un spécialiste pouvait accorder l'attention nécessaire à un patient.
Excusez moi de raisonner un peu par l'absurde mais allez vous procéder à une palpation systématique des testicules de vos jeunes salariés sachant que ce cancer est plus fréquent chez eux que chez les hommes plus âgés ? Pour ceux qui ont plus de cinquante ans, allez vous pratiquer un toucher de la prostate ? Non bien entendu et pourquoi ? Parce que ces examens seraient vécus comme déplacés et trop intrusifs. Et encore une fois parce qu'ils ne relèvent pas de votre mission.
Défendre la médecine du travail en invoquant un examen complet (qui ne le sera jamais de toute façon) est une défense par défaut et de l'institution.
Il serait plus efficace de la défendre sur la base de sa mission première et réelle qui est d'adapter le travail à l'homme. C’est un peu plus compliqué, je veux bien l'admettre.
Pour répondre à votre question, j'ai non seulement assisté à des visites médicales du travail mais en plus je me suis construit plusieurs identités professionnelles (de déménageur, de chauffeur ou de coiffeur) pour passer des visites d'embauche entre 1997 et 1999, sans que les médecin que j'avais comme interlocuteurs ne soient au courant de la fiction. Cela m'a permis de voir de l'intérieur comment fonctionne cette médecine d'expertise. Cela m'a permis également de rédiger un article qui a été publié dans une revue de médecins du travail.
Je puis vous assurer que les médecins avaient face à eux un interlocuteur qui n'était pas un "objet" soumis et passif. Sur une vingtaine de visites médicales, j'ai refusé de répondre aux questions que je jugeais hors sujet (et il y en avait je puis vous l’assurer) et je ne me suis jamais mis en sous-vêtements. Que voulez vous que les médecins puissent vous imposer lorsqu'ils ont un interlocuteur qui argumente ses choix. Rien !
Que voulez vous qu'ils me répondent lorsque je leur faisais comprendre que pour préserver la santé au travail, il fallait remonter jusqu'aux déterminants du travail et collaborer avec d'autres spécialistes ? Pas grand-chose, car seule une minorité de médecins possède la volonté de le faire.
Mon intime conviction, c'est que lorsqu'on n'est pas en capacité de remplir la mission première de "construction de la santé au travail", on se rattrape sur d'autres aspects seconds du métier (dépistage des mélanomes ou prévention des problèmes dentaires par exemple). Cela permet d'exercer un petit pouvoir paternaliste en particulier sur des salariés en position de fragilité qui n'ont pas choisi de se soumettre à un médecin pour avoir le droit de travailler.
Vous voudrez bien excuser mes propos qui sont directs mais sincères et sachez que mon but n'est vraiment pas de vous agresser.
Sincères salutations
Daniel Bachet
réponse
Bonsoir,
Je crois qu'on ne se comprend pas bien. Je fais un examen clinique le plus complet possible, bien sur en tenant compte que je suis en médecine du travail, je ne le fais pas pour faire du dépistage systématique de toutes les pathologies mais parce ce que cela fait partie de mon exercice, même en médecine du travail, car pour l'instant notre statut n'a pas changé que je sache.
Et je rappelle au Dr sentinelle qui si elle a un diplôme de spécialiste en médecine du travail, elle est avant tout un médecin qui a fait des stages cliniques et qu'elle doit être en mesure de non pas faire du dépistage systématique mais de penser qu'une lésion de la peau peut être cancéreuse comme elle doit être en mesure d'assurer des urgences vitales.
Que pense un salarié à qui on découvre une telle lésion alors qu'il a eu sa visite médicale du travail qqs j avant? Même si le médecin a fait la visite de son entreprise et a fait des propositions pour améliorer ses conditions de travail, il ne retiendra pas cela car le salarié attend quand même un minimum d'un médecin, même du travail.Que se dira le Dr sentinelle en son âme et conscience? c'est pas ma faute, c'est pas mon rôle!
Que dira l'expert du tribunal quand le Dr sentinelle expliquera qu'elle a signé une aptitude à une salariée sans avoir essayé de la convaincre de se déhabiller(elle le note dans son dossier) et que cette salariée était battue et qu'elle décéde.On lui reprochera, non pas l'aptitude mais le fait qu'elle ne l'ait pas examinée et que parce qu'elle n'a pas su être convaincante ,elle a fait perdre une chance de vivre à cette dame, même pour un médecin du travail! Vous n'aurez pas de probléme métaphysique?
Pourquoi n'abandonnez vous votre titre de médecin et ne vous présentez vous pas comme un spécialiste du travail uniquement si vous voulez être logique avec vous même? à quoi vous sert votre titre de docteur en médecine, pour prendre des tensions: une infirmière sait le faire, écouter un coeur, des poumons il y a des spécialistes pour cela,le reste peut être le médecin généraliste ?
Cela serait intéressant d'en débattre en commission d'éthique.
Je suis d'ailleurs trés surprise que tout le débat tourne autour de cela car j'ai trés peu de réticences de la part des salarié(e)s. Si on sait établir une relation de confiance avec les gens, il n'y a pas de problème.
Si la visite médicale est seulement un questionnement sur les conditions de travail avec des examens ciblées, je ne vois pas ce qu'on fait là. Et même dans les entreprises, il peut y avoir des gens compétents: ergonomes...qui font mieux que nous. Parce qu'aujourd'hui, on dit que les médecins du travail ont été incompétents pour le drame de l'amiante, demain on dira qu'ils ne peuvent rien pour ralentir l'épidémie de TMS et c'est ainsi qu'on proposera de supprimer la médecine du travail. Pourquoi pas? Peut être que lorsqu'il n'y aura plus que des consultants en entreprise, cela sera mieux? Je n'en sais rien ? Mr Bachet sera interpelé par les entreprises pour adapter le travail aux hommes mais qui vérifiera que c'est effectivement fait et que cela perdure dans le temps et qui déclenchera ces interventions? l'entreprise directement?!!! l'état?
Ce que je sais de la médecine du travail depuis 10 ans, c'est qu'il faut du collectif et de l'individuel pour y voir clair, il me semble et c'est aussi le cas en médecine tout court où on protocolise beaucoup et en même temps on adapte à l'individu. C'est bien pour cela que ce n'est pas simple et que je crois toute solution radicale ne sera pas satisfaisante.
La santé au travail doit changer, on le sait mais pas le contenu du rôle du médecin qu'il soit du travail ou autre. Ce n'est pas en examinant mal les patients qu'on changera les conditions de travail. On ne risque qu'une seule chose, continuer à donner une mauvaise image des médecins du travail, même pas des vrais médecins! même pas des spécialistes du travail!
Je crois qu'au contraire, il faut être professionnel jusqu'au bout des ongles dans le contenu de la visite médicale et bon sur le terrain , tout un art! d'où l'intérêt de se former, encore de se former et toujours de se former.
La santé au travail peut se faire sans nous, j'ai des doutes mais pas de problème par rapport à cela si on est sûr que cela amèliore la santé des salariés ou s'agit il d'un argument pour supprimer une profession ? car ce que ne donnent pas les patrons aux service de médecine du travail, ils pourraient peut être le donner à d'autres!
Derrière des idées généreuses, il peut y avoir une belle logique économique.
En ce qui me concerne, je préfére n'adhérer à aucun système, faire ce que je crois être le mieux en mon âme et conscience: c'est cela l'indépendance et la liberté de penser.
Je ne pense pas revenir sur ce blog car je crois avoir tout dit.
Le monde est fou
La lecture du post de sentinelle exprimait pour moi une baisse du moral, des difficultés à continuer en donnant un sens à son travail, à être efficace ... Bref exprimait une certaine souffrance au travail.
Je suis surprise des réponses virulentes, agressives, égocentriques, critiques sur l'art et la manière d'exercer son métier..., de savoir s'il est important de faire déshabiller ou non le salarié...
Personnellement je pense qu'il ne faut pas dénigrer les médecins du travail (mais certains oui)pas plus que les profs, les noirs ou les juifs...
Bravo sentinelle pour votre blog. Courage dans votre métier pour rester critique face aux besoins.
Pour Fleur
Allez, soyons un peu taquin à l'égard de Fleur et évitons toute remarque virulente, agressive et égocentrique. Nous apprenons beaucoup à la lecture de son petit commentaire :
1) On ne peut pas critiquer les médecins du travail "mais certains oui". C'est Fleur qui l'écrit. Nous voilà rassuré !
2) Quelle idée de se poser la question inutile du déshabillage des salariés comme le suggère Fleur.
Ils n'ont qu'à se déshabiller et puis c'est tout ! On ne va pas quand même aller leur demander leur avis. Tout salarié doit se "soumettre" à la visite médicale du travail, c'est écrit dans les textes ! Il doit donc faire ce que lui demande le médecin, un point c'est tout.
3)Merci enfin chère Fleur de nous rappeler qu'il ne faut pas "dénigrer" les médecins du travail tout comme il ne faut pas, écrivez vous "dénigrer" ni les noirs , ni les juifs.
On n'avait pas pensé à ces comparaisons percutantes. Dénigrer le "métier" de médecin du travail, c'est comme dénigrer des populations de couleur ou comme dénigrer des religions. Cela relève du racisme. Merci Fleur pour votre précieux avertissement. Vous avez vraiment fait avancer le débat !
DB
Je n'ai jamais cherché à faire avancer le débat !!!
Je n'ai pas vu de rapport entre ces querelles de pratique et le mal au coeur de sentinelle. C'est pourquoi dans ce cadre le déshabillage des salariés n'a aucune importance !
En tant que médecin du travail je me suis toujours efforcée de m'adapter aux salariés, de les respecter et de limiter l'éventuel deshabillage au moment de l'examen médical exclusivement. J'ai fait un certain nombre d'examens médicaux que je jugeais complètement inutiles pour "définir l'aptitude", mais les salariés étaient demandeurs, venant en "visite médicale". Je préfère le terme de consultation médico-professionnelle à visite médicale.
En fait ce qui me gêne dans ces commentaires, ce n'est pas leur contenu mais le lieu. Sentinelle exprimait , selon moi, une souffrance au travail qui appelait plutôt du réconfort ; à la place j'ai eu l'impression de coups ; il ne faut pas oublier que les médecins du travail sont également des salariés qui peuvent , eux aussi, être en souffrance. Dans ce cas là la qualité du travail et l'efficacité risquent de s'en ressentir ...
Derrière la notion de déshabillage (faut-il, faut-il pas ?) se pose la question en fait de l'examen clinique en médecine du travail. Je ne me souviens pas que ce thème ait jamais été abordé lors des études de médecine du travail sauf pour certains risques. Si l'examen clinique avec respect de la personne n'est pas dangereux, peut-on en dire autant de certains examens complémentaires comme les radios pulmonaires qui étaient faites sans prescription médicale !
D'accord
D'accord pour dire que les questions que posent le docteur Sentinelle sont tout à fait essentielles. Elle ne fait pas qu'exprimer sa souffrance personnelle, heureusement !
Dans son dernier message sur la traçabilité des expositions, elle montre les difficultés des médecins du travail à remplir leur mission de protection de la santé au travail. Comment les médecins du travail peuvent-ils en effet déclarer les salariés "aptes" à des postes qui mettent en danger leur santé ? On ne peut pas déclarer un salarié "apte" à être exposé à des poussières d'amiante et pourtant cela s'est pratiqué durant des années. Quand on demande aux médecins du travail de trier les salariés qui "devront aller au front", il ne faut pas s'étonner ensuite qu'il y ait des victimes !
Le docteur Sentinelle montre que les médecins du travail ne disposent pas des moyens nécessaires pour aller jusqu'au bout de leur action.
C'est vrai.
Elle montre enfin que les employeurs ne sont pas assez attentifs à la santé des salariés et rappelle en filigrane que le contrat de travail est un rapport de subordination qui n'autorise pas l'arbitraire ou le fait du Prince.
Son analyse est donc très utile pour ouvrir des perspectives favorables au travail et à la santé.
Interne,je n'ai pas une grande expérience,mais c'est quand même une activité variée: pour la demande de reconnaissance des travailleurs handicapés,pour comprendre l'origine des AT/MP et faire un arbre des causes,pour conseiller les employeurs sur de nombreux domaines techniques en partenariat avec les IPRP,pour aussi lors d'un examen médical,faire de la clinique soit pour rassurer soit pour poser un diagnostic,pour être aussi un conseiller des medecins traitants perdus devant l'évolution continuelle des tableaux de MPs,pour conseiller,informer lors des études de poste et visite surtout dans les petites entreprises qui n'ont pas beaucoups de moyens,pour essayer des résoudre les problèmes psycho sociaux de plus en plus fréquent...
Le medecin du travail c'est comme un médecin généraliste,il a beaucoups de mission.Cela est riche et permet d'apprehender des situations jamais semblable ou carrées.L'hyperspécialisation a des bons et mauvais côtés.
Je n'ai pas encore vu de médecin faisant défiler à poil les travailleurs.Cela vous a visiblement marqué au fer rouge.Moi lors de mes consult,je rechercher les problémes de santé du travailleur en rapport au travail ou pas,je le conseille aussi sur le plan médical sur les plans nationaux de santé publique,car sinon il n'aura pas le temps d'aller chercher l'info et le temps de consultations des généralistes s'amenuise.
Cela reste une activité pratique et medecin dépendant de son énergie,de ses convictions et de son experience.
Une activité "pratique"...apres il y a la théorie,Mr Bachet vous êtes quelqu'un de brillant,mais je pense qu'il y a des différences "in vitro" et "in vivo"...On doit garder un lien "généraliste" "pratique" comme on doit garder des "chirurgiens généraliste".Le medecin du travail doit se reposer sur les IPRPs pour le côté technique et doit aussi être capable de critiquer ce que l'on lui montre ou dit.
Ma reponse ne doit pas être tres claire.Je n'ai pas l'habitude de cet exercice.Du moins j'espere qu'elle est expressive.
Cordialement
Cordialement
Réponse à imt81
Votre commentaire doit être très intéressant mais j'avoue ne pas avoir très bien compris l'idée ou les idées principales que vous vouliez défendre.
Cela doit venir de moi probablement.
Voilà en tout cas ce que j'ai compris.
Un médecin du travail développe une activité pratique qui dépend de son énergie, de ses convictions et de son expérience. C'est juste.
De votre côté, vous recherchez les problèmes médicaux en lien avec le travail et vous donnez des conseils aux salariés. C'est cohérent !
L'hyperspécialisation, écrivez vous, a des bons et mauvais côtés. Certes !
A ce niveau de généralité, qui serait en désaccord avec vos propos ?
J'avais quant à moi fait référence entre autre à la notion discutée et discutable "d'aptitude" et au problème de l'exposition à l'amiante. Peut-on déclarer un salarié « apte » à occuper un poste jugé dangereux ?
C’est contradictoire dans les termes et pourtant cela a été pratiqué durant de longues années.
Il me semble que les problèmes techniques liés à votre métier et à son caractère utile ne peuvent être traités sérieusement tant que le pouvoir des employeurs sur l’institution reste ce qu’il est depuis 1946.
Si vous vous sentez obligé de me répondre, merci de prendre en compte l’analyse suivante : Les services de santé au travail sont pour l’essentiel des conseils d’employeurs locaux qui impriment leurs priorités et leurs conceptions de la santé au travail à leurs salariés et aux médecins du travail qu’ils recrutent.
Le cœur du problème est bien là et c’est cette logique qu’il faut remettre en cause. Ensuite les médecins feront de leur mieux et comme ils peuvent, on est bien d’accord.
Autrement dit, c’est la dynamique institutionnelle traversée par des logiques contradictoires qui est en question (qui finance et qui contrôle ?) et non les professionnels eux-mêmes d’autant que le sens de leur activité est en permanence miné par ces contradictions.
Un autre problème qui est rarement abordé est celui du pouvoir que l’on attribue au médecin dans nos sociétés. C’est un pouvoir abusif. Il y a abus de pouvoir dès lors que le salarié est contraint de se « soumettre » à une visite médicale pour avoir le « droit » de travailler. Ce n’est même pas un rapport contractuel qui caractérise la relation salarié/ médecin du travail. C’est un rapport de « tutelle ».
Il est dommage que de nombreux salariés (pas tous heureusement) se soumettent aussi facilement à ce rapport et qu’ils attendent eux-mêmes un peu naïvement le rite de l’examen médical. Et oui, un certain nombre de salariés participe de cette dépendance au pouvoir médical qui est aussi une forme d’aliénation.
En résumé comme l’écrivait le grand psychiatre Franco Basaglia : « On ne peut pas discuter de technique lorsque la contradiction entre le pouvoir et le savoir n’est pas résolue ».
Dernier point de méthode. Il n'y a pas la pratique d'un côté puis "après" la théorie comme vous semblez le croire.
Pourquoi ?
Parce qu'il n'y a pas d'observation, de techniques "concrètes" et de rapport à la pratique sans référence implicite ou explicite à une (ou plusieurs) hypothèse(s) qui elles mêmes s'inscrivent dans le cadre d'une théorie.
Vous avez fait de longues études et par conséquent vous savez déjà tout cela bien entendu.
Cordialement
DB
On peux concevoir que cela est une visite "imposée" (pas tout le temps car il existe de plus en plus de visite A LA DEMANDE du salarié (généralement pour trouver une solution à un problème)).
Cette contrainte n'est pas mal vécue par la grande majorité des travailleurs.Et notamment par les plus précaires où on deviens un conseiller sur la santé en général.Plus qu'un conseiller par rapport aux risques professionnels auquel ils sont exposés.
La théorie,la pratique...c'est l'écart des pratiques et l'élargissement des taches de chacun même si pas la tache dévolue.Un urgentiste soigne aussi une angine ou une cystite...alors que cela coûte plus cher,de même un jeune généraliste peux être emmener à effectuer des gestes d'urgences.
Médecin du travail nous pouvons aussi être emmené à faire une réanimation d'un arrêt cardiaque,à diagnostiquer grossièrement une lombosciatique,à répondre à un symptome dont le travailleur pense que cela est du au travail (toux ressemblant à un tableau d'asthme et on retrouve dans son milieu pro une cause déclenchante).On est aussi emmené à dialoguer avec l'employeur pour lui expliquer ses obligations d'avoir des travailleurs handicapés et son intérêt par rapport à la législation.De répondre à des questions soulevés dans les CHSCT généralement par les syndicats.Nos visites de tiers temps permettent souvent aux PME d'avoir le document unique...ect ect ect
Nous n'avons pas le choix,cette richesse de connaissance,de savoir (il faut être grandement motivé et passionné pour se renouveler et remettre en cause) doit rester.Et évoluer vers les multiples problèmes au travail que de multiplier des visites annuelle ou bisannuelle.
Enfin d'après les employeurs nous sommes vendu aux salariés et réciproquement d'après les salariés nous sommes vendu au patron.
Le salaire viens peut-être du patron (et encore du moment que le chèque tombe et transite par la banque,(ce qui est tres impersonnel),je ne me sens absolument pas la reconnaissance du ventre),et puis ma conscience et ma responsabilité ne me font pas mettre les salariés en danger.
Amicalement
Réponse plus claire
Pourquoi écrire "On peut concevoir" que c'est une visite imposée ? Pour tenter d'euphémiser le terme "imposé" sans doute !
Il est écrit dans les textes que tout salarié doit se "soumettre" ou doit "subir" une visite médicale du travail.
Les mots ne sont pas neutres !
Contrairement à ce que vous pensez, cette contrainte n'est pas bien vécue du tout par les salariés qui s'en passeraient volontiers du moins sous cette forme infantilisante.
(même s'il reste bien entendu les exceptions que vous avez soulignées à juste titre).
Par ailleurs j'ai trouvé votre réponse précise et convaincante sur les autres points. Merci à vous.
Amicalement
DB
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