Carnet d'un médecin du travail

Partager ce que je découvre au coeur de mon métier

29 novembre 2008

Vaccination anti-grippale chez HIBOU

J'ai joué, j'ai perdu. Enfin, cette année.

Je suis CONTRE la vaccination anti-grippale en milieu de travail si ce n'est pas un risque professionnel (milieu de soins, accueil du public). Mais chez HIBOU, c'est tra-di-tion-nel. C'est comme les guirlandes de Noël, on les mets chaque année et personne n'envisage de ne pas les mettre. Quelqu'un qui dirait "et si cette année, on ne mettais rien ?", tout le monde le regarderait avec réprobation, froncements de sourcils et ejectreait immédiatement ce trouble-fête. Ben voilà, la vaccination anti-grippal, c'est un monument, un acquis social, même.

J'ai essayé de savoir ce que pensaient les médecins qui m'ont précédé à ce poste: "ben, on n'était pas d'accord mais on le faisait quand même". Ah. Bon. Et j'ai écris au DRH pour expliquer mon point de vue:
- il faut vacciner 60% de la populatiopn de l'usine pour un efficacité éventuelle sur l'absentéisme...et ce n'est pas le cas chez vous.
- les recommandations scientifiques concernent les personnes de plus de 65 ans (il ne doit pas y en avoir beaucoup par ici) et les personnes malades (ou parents d'enfants malades).
- le vaccin est probabiliste, ce qui explique qu chaque année, il y a des malades de la grippe, même vaccinés.
- ce n'est pas un risque professionnel dans l'usine. Donc c'est hors de mes missions.
- s'il arrive un effet secondaire, c'est considéré en accident de travail...
- il est possible de faire d'autres projets utiles de santé publique, conmme le sevrage tabagique par exemple.

Réponse: j'ai bien reçu vos arguments, je vous remercie, bon, sans blague, quand est-ce qu'on commence?

GGr. J'ai donc demandé que cette question soit discutée avec les salariés. En CE, la question a été posée sur la pointe des pieds: "bon, au sujet de la vaccination anti-grippale, on la reconduit cette année ?"...réponse des salariés, étonnés: "ben...oui"...Et en CHSCT, j'ai exposé mes arguments, et après délibération, ils ont répondu qu'un médecin (éventuellement un autre que moi) fasse la vaccination.

Soupir. Je vais donc organiser la vaccination cette année en souhaitant presque être grippée ce jour-là.
mais je reste CONTRE cette vaccination qui est en fait une mesure de paix sociale et de lutte bidon contre l'absentéisme. Prendre en otage à leur insu des salairés en affichant que "C'est pour leur bien" me rappelle étrangement le livre d'Alice Miller. Et j'ai envie de hurler. Les salariés eux-même l'ont demandé...

Posté par sentinelle à 17:02 - Des indignations - Commentaires [22] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


13 novembre 2008

Madame Frotte

Pleins d'affaires en cours, parfois difficiles à mettre en page, en ligne(s), sans trahir.

Actuellement, je suis pré-occupée pour une salariée d'une entreprise de fabrication de meubles. Son activité consiste à cirer des meubles en cuir à la main trois jours par semaine (d'affilée). Une couche de cirage, puis elle enlève le surplus, puis elle en remet un peu et le lustre, et finit au chiffon. Quatre passage par objet de 1m3 environ. Sur toutes les faces. Depuis trois ans, alors que personne d'autre ne veut le faire à sa place.

Elle a des douleurs articulaires depuis janvier, elle en a parlé à son employeur, puis a posé sa démission, repoussée par l'employeur (officiellement pour qu'elle ne perde pas ses avantages sociaux...hmhm). Mais rien n'y fait, elle a encore mal, et son poste n'évolue pas. Elle demande une augmentation (ça ne fait pas supporter les douleurs mais lors du rachat de l'entreprise, son ancienneté de 22 ans n'a pas été reprise, il faut donc comprendre). Elle m'en parle en consultation en juin, rien ne change, elle frotte, elle cire, elle lustre avec ses douleurs. Elle craque et se met en arrêt de travail fin septembre.

Je suis allée voir son poste, son employeur l'a convoqué pour lui dire qu'il n'y avait plus qu'à avertir l'inspection du travail, la menace, lui dit que s'il lui faut des "coups de pied au cul pour bosser"...etc et finit par lui rappeler de penser à ses enfants. Poste relativement pénible, mais faisable à condition d'avoir de l'aide, des collègues compétents pour faire ce travail et tourner à plusieurs.

Madame Frotte ne peut même plus appeler son employeur qui considère qu'elle est en arrêt pour l'embéter, qu'elle est fainéante. D'ailleurs, il utilise l'argument qu'il l'a vue dans la rue pour dire que donc, elle n'a rien. Il ne veut pas entendre les conseils d'organisation, ou les remarques concernant le langage vert qu'il peut tenir concernant sa salariée. Il a besoin d'elle, à ce prix là, dans ses conditions, et ne veut pas bouger d'un pouce. Il m'appelle régulièrement pour me crier sa détresse, et sa colère, me dire qu'elle pourrit l'ambiance de l'entreprise, que maintenant ça suffit, il faut arrêter ce petit jeu, qu'il ne peut pas embaucher un remplaçant que pour deux semaines...

Dee son côté, Madame Frotte ne veut pas retourner à ce poste, elle a peur de se faire à nouveau mal, d'ailleurs, ses douleurs ne passent pas à la maison. Elle sort peu, et même quand elle sort pour aller chez le kiné, elle culpabilise, et a peur de rencontrer le patron ou la patronne. Ses collègues ne l'appellent pas.

L'arrêt de travail est prolongé, le rhumato donne de la kiné et des radios à faire en attendant les possibles infiltrations. Donc côté médical, rien de satisfaisant puisque Madame Frotte souffre encore trop.

Alors, j'attends. Sans doute une inaptitude à venir. Sans savoir quelle carte va jouer l'employeur (reclassement?). Affaire en cours.

Posté par sentinelle à 21:59 - Des questions - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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