Je suis allée hier voir un employeur (je l'appellerai Monsieur Patron) parce qu'un de ses salariés est venu me voir la semaine dernière pour se plaindre d'agissements répétés de "harcèlement" dans son entreprise.

Monsieur Blessé est actuellement en arrêt et ne peut pas y retourner. Monsieur Blessé m'a longuement parlé de son poste, de l'environnement de son poste, des difficultés dans son travail, des violences qu'il dit avoir reçues surtout verbales, de la dégradation de son état de santé en plusieurs mois. Monsieur Blessé dit même qu'il aurait sans doute pu appeler à l'aide avant mais il pensait que ça allait "s'arranger". Exaspéré et à bout, il est allé à un entretien avec le patron qui s'est plutôt mal passé, a annoncé sa démission et il a quitté l'entreprise sur le champ. En fait, il pensait sans doute que Monsieur Patron allait le rattrapper, et comme cela n'a pas eu lieu, cela a continué de lui faire penser que tout ce qui lui était arrivé jusque là était bien le moyen d'obtenir cette démission. Et Monsieur Blessé est en arrêt depuis. Il m'est envoyé par son médecin traitant pour une visite de pré-reprise. Il va mieux en arrêt, a recommencé à dormir, n'a plus de comportements agressifs dans sa famille, comme quand il était à cran. Il a fait le tour des syndicats, de l'inspection du travail et va faire des démarches pour aller aux ""prudhommes".

Je vais donc voir Monsieur Patron, bien ennuyé. L'accueil est assez froid, il ne sait pas très bien me situer, soit du côté de l'inspection du travail, soit du côté de l'avocat du salarié, il se méfie. Nous avons fini par mettre les pieds dans le plat, Monsieur Blessé est en arrêt mais que s'est-il passé avant d'en arriver là ?
Monsieur Patron est prudent dans ce qu'il me dit, mais il me situe bien ce qu'il a compris de la situation: Monsieur Blessé attendait un bébé, la grossesse à ce qu'il en sait se passe de manière chaotique, et MOnsieur Blessé a souvent besoin de s'absenter, ou bien il arrive en retard depuis quelques mois. Il est mal organisé, le travail n'avance pas. D'accord, le chef d'atelier lui crie dessus, mais bon, il est comme ça, le chef d'atelier, il aime quand ça avance, et quand ça n'avance pas, il s'énerve. Mais faut pas le prendre mal. Et puis, au bout d'un moment, Monsieur Patron décide d'aller voir Monsieur Blessé pour lui dire qu'il y a des choses qui ne marchent pas dans son travail, et qu'il devrait s'améliorer. Mais cela ne s'arrange pas, alors il convoque Monsieur Blessé dans son bureau pour lui faire des remarques, mais pour comprendre ce qui peut poser problème dans la zone de travail de Monsieur Blessé, il invite Monsieur Collègue à venir à cet entretien. (Sauf que Monsieur Collègue n'est pas du tout délégué du personnel, et qu'il est sûrement gêné d'assister à ça). Finalement, la qualité du travail de Monsieur Blessé se dégrade, il s'absente plus souvent, et à un entretien avec Monsieur Patron, il explose, dit qu'il veut démissionner, salue tout le monde et part. Monsieur Patron reçoit le soir même ou le lendemain un arrêt de travail. Alors, démission ou arrêt ? Arrêt de complaisance ou décompensation aiguë ?

Monsieur Patron a même reçu une lettre de Monsieur Blessé qui l'avertit que celui-ci va en justice pour faits avérés de "harcèlement", un ami de Monsieur Patron a achevé de l'angoisser en lui disant qu'il va en avoir pour 20000 euros ??? Monsieur Patron est désolé, désemparé, ne comprend plus ce qu'il doit faire, ne dort plus, à son tour. Il a reçu également la demande du salarié de poser ses congés...

J'ai pu donner des conseils à Monsieur Patron pour améliorer la situation dans son entreprise. J'ai également mis ces conseils par écrit:
-refuser toute banalisation de la violence.
-clarifier l'organigramme, les rôles de chacun (fiche de poste).
-organiser une procédure de dénonciation de dysfonctionnement  et y trouver des solutions.
-créer un lieu de discussion régulièrement pour cette recherche de solutions.
-rédiger un règlement intérieur pour préciser les sanctions dans l'entreprise en fonction des fautes (retard, absences, alcool, ...).
-analyser le poste de Monsieur Blessé: a-t-il besoin de formation ? d'un chef ou d'un collaborateur ? de matériel ?
-ne pas convoquer un salarié pour lui faire des reproches devant son collègue de travail !
-penser à faire figurer le risque "psycho-social" dans le document unique en notant les mesures prises pour le prévenir.
Ce courrier est glissé dans le dossier médical du salarié.