Carnet d'un médecin du travail

Partager ce que je découvre au coeur de mon métier

17 décembre 2007

Marche ou crève !

Parmi les risques professionnels, le travail en hauteur est généralement "négligé", il est plutôt sous-estimé. Pour cette raison, je pose systématiquement la question pour savoir comment les salariés gèrent ce risque, d'une part avec les moyens de l'entreprise, et d'autre part, concrètement, ce qu'ils mettent eux-même en oeuvre pour cela. Mes questions ont pour objectif de connaitre les conditions réelles de travail (ou du moins m'en approcher le plus possible) et de permettre aux salariés de penser à ces conditions de travail au fil des années, au fil des consultations pour élaborer des projets, pour améliorer la prévention.

J'ai vu en consultation un salarié qui avait un discours vraiment dur. Mes questions portait toujours sur le type de travail effectué, et la sécurité à ce poste. Visiblement, mes questions ont éveillé en lui la colère qui reste généralement tapie dans un coin pour "tenir". Alors, j'ai tout entendu: "chez nous c'est marche ou crève", "on emmène les salariés jusqu'au bout, on n'est pas des fonctionnaires" (!), "les salariés le cul sur leur chaise, ils peuvent pas comprendre, d'ailleurs, les médecins, s'ils venaient faire le travail, ils comprendraient vite fait que ce n'est pas posssible de faire la sécurité"... .

Je n'ai pas pris son discours au pied de la lettre, je ne m'en suis pas offusquée, mais j'ai trouvé que c'était vraiment cru ! Sur le travail en hauteur, j'ai l'habitude d'entendre le discours de protection mentale: "c'est pas haut", "je ne suis pas un débutant, et quand on a peur, faut changer de métier", "c'est trop cher de mettre en oeuvre la sécurité", "c'est trop long", "on n'a pas le temps pour un chantier d'une journée de mettre en place l'échaffaudage"...etc. Je vois bien que ce type de discours vient me ranger dans le coin des gens qui n'y connaissent rien, et surtout dans le rang des gens qui doivent cesser de poser la question.

Et ça, c'est pas gagné non plus, je ne vais pas arrêter de poser la question. Je vais même continuer de la poser. Quitte à endurer des salariés comme celui dont je parlais toute à l'heure, le c...sur ma chaise, et sur les chantiers ! Parce que par la porte ou par la fenêtre, je continue de tenir qu'on peut faire de la sécurité et de la santé au travail sans gréver le budget des entreprises. Au contraire.

Parce qu'un salarié qui tombe d'un toit c'est encore plus cher. Parce qu'il y a des métiers qui utilisent des échaffaudages pour leur activité (les peintres de façades par exemple) et qu'ils intègrent ce coût dans le coût du chantier. Parce qu'il y a dans la plupart des cas, des solutions techniques, quand on se donne la peine d'en chercher ou d'en inventer.

Parce que le travail, ce n'est pas "marche ou crève", mais bien un lieu où peuvent s'épanouir des personnes par la réalisation de ce travail. Bien un lieu où peut se déployer du génie, de la créativité, de la fierté, du plaisir. Et pas seulement dans mes rêves.

Posté par sentinelle à 11:55 - Des indignations - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

convictions

Je suis toujours admiratif des personnes comme vous qui ont des convictions au travers de leur travail.
Pour ce qui est de la sécurité, il existe des éléments non négociables. Dans mes réunions, je n'admets pas la moindre discussion sur ce sujet. C'est comme cela, un point, c'est tout ! Celui qui n'est pas content... D'autant que les amendes sur ce manquement sont fortes et la responsabilité civile et pénale du chef d'entreprise est engagée.

Posté par pierre, 18 décembre 2007 à 09:26

Contact

Bonjour,

Je suis journaliste pour l'hebdo Politis, et je travaille sur la médecine au travail. J'ai trouvé votre blog et j'aimerais beaucoup pouvoir vous interviewer sur les raisons d'exsitences de ce blog !
Pouvez-vous m'envoyer un mail et me laisser vos coordonnées si vous êtes d'accord pour ma proposition ?
Merci beaucoup par avance pour votre réponse,
Pauline Graulle
pour Politis

Posté par Pauline, 18 décembre 2007 à 10:37

que faire

Bonjour,
je découvre ce blog en faisant une recherche sur la medecine du travail, je dois dire que je le trouve tres interessant! Aujourd'hui je suis dans une situation difficile et je cherche des conseils. Je voudrais savoir comment l'on peut définir le harcelement moral, je ne sais pas si ce que je vis peut etre qualifié de tel. Toujours est-il que le matin quand je dois partir travailler j'ai une boule au ventre, je ne dors plus je suis sous somniferes. Le stress me rend malade, j'ai des spasmes, je vomi, j'ai du mal a respirer... Je ne sais que faire, quels sont mes recours, j'ai peur de represaille au travail, peur que mon medecin traitant me dise que je suis une comedienne... Pouvez-vous me conseiller. Dois-je aller voir une médecin du travail. Je sais que ce blog n'a pas pour but de faire des consultations "à domicile" mais pouvez-vous me donner quelques conseils?
Merci d'avance.

Posté par anianka, 27 décembre 2007 à 12:03

que faire

Bonjour,
je découvre ce blog en faisant une recherche sur la medecine du travail, je dois dire que je le trouve tres interessant! Aujourd'hui je suis dans une situation difficile et je cherche des conseils. Je voudrais savoir comment l'on peut définir le harcelement moral, je ne sais pas si ce que je vis peut etre qualifié de tel. Toujours est-il que le matin quand je dois partir travailler j'ai une boule au ventre, je ne dors plus je suis sous somniferes. Le stress me rend malade, j'ai des spasmes, je vomi, j'ai du mal a respirer... Je ne sais que faire, quels sont mes recours, j'ai peur de represaille au travail, peur que mon medecin traitant me dise que je suis une comedienne... Pouvez-vous me conseiller. Dois-je aller voir une médecin du travail. Je sais que ce blog n'a pas pour but de faire des consultations "à domicile" mais pouvez-vous me donner quelques conseils?
Merci d'avance.

Posté par anianka, 27 décembre 2007 à 12:03

Protégez vous en premier

Je vous réponds dès que je serais revenue, petite escapade de vie privée...mais protégez vous d'urgence avant d'avoir un accident. Si vous ne savez plus comment faire, c'est le moment de prendre l'air, parce qu'alors on est à deux doigts de faire des erreurs professionnelles qui risquent d'aggraver les choses. Si votre médecin n'entend pas ça, alors qu'entendra-t-il à l'avenir ?
Si lui ne vous protège pas, alors qui le fera ?
Pour ce qui est de vos interlocuteurs en dehors du travail, rappelez vous que c'est VOUS qui les CHOISISSEZ, ce qui n'est pas le cas de votre médecin du travail. D'ailleurs, sait-il ce que votre travail fait de vous? vous n'êtes sans doute pas la seule...

Posté par sentinelle, 28 décembre 2007 à 21:29

Bonjour,
Je me présente tout d'abord, je m'appelle Anais, je suis etudiante en 5eme année de medecine et je m'interesse a la medecine du travail comme specialisation future.Toutefois, en faculté on nous renseigne tres peu sur cette spécialité (plutot denigrée par les étudiants).Alors j'aurai aimé, si vous aviez un petit peu de temps, que vous m'expliquiez en quoi consiste votre travail, ce qui vous a motivé a faire ce choix, les avantages et les inconvénients de cette spécialité.
Je vous remercie d'avance.

Posté par nanisse, 03 janvier 2008 à 19:30

on y croit

oui on y croit 30 ans apres les premières armes
mais ca serait tellement bien si nos chers confreres croyaient aussi un peu en nous

Posté par moelleux, 04 janvier 2008 à 08:18

sécurité et rentabilité = frères ennemis ?

Bonjour,
je découvre votre blog, et j'apprécie la tonalité humaine qu'on y retrouve.
Je m'interesse d'autant plus à la sécurité que je suis membre du CHSCT de mon entreprise.
Depuis debut Aout 2007, je m'escrime à faire entendre à mon entreprise que le travail en hauteur est sujet très important (des employés embauchés en CDD ont été recrutés pour regler des paraboles pour un grand groupe, donc travail sur echelle et sur toiture), jusqu'à aujourd'hui ces techniciens travaillent seuls, mon entreprise n'a pas la même lecture que le CHSCT sur le decret de 2004, pour elle la deuxieme personne peut être le client qui alertera les secours si il y a accident, ce que je dénonce car quid de la capacité du client à porter secours au technicien. Pour moi, le travail en hauteur est obligatoirement un travail en binome (ce que mon entreprise refuse d'entendre : économiquement impossible. Le prix de l'intervention sur ces prestations de prévoit pas l'emploi d'une 2e personne). Quel est votre point de vue sur la présence ou non d'une 2e personne (appartenant à l'entreprise évidemment) ? peut-on utiliser le client (n'ayant aucun lien de subordinnation sur lui) ?

Posté par Fred, 17 janvier 2008 à 22:58

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