29 novembre 2007
J'aime pas l'hiver
"J'aime pas l'hiver" a-t-elle répondu à ma première question "comment allez vous aujourd'hui ?".
Devant mon étonnement, elle a expliqué que l'hiver, il fait nuit tôt, on rentre chez soi après le travail quand il fait déjà nuit. Elle a continué dans les généralités. Jusqu'à ce que je lui demande si cela la génait dans son travail...Aaaah le travail...Après l'avoir laissé s'embourber avec son "j'aime pas l'hiver", la question sur le travail nous a permis de rentrer dans la vif du sujet.
Cette jeune femme de 25 ans avait des choses à dire ce jour-là. Elle fait partie d'un plateau de réponse téléphonique, où la charge de travail est importante, dans des conditions parfois pénibles: saisie en masse des dossiers, réponse téléphonique concommitante, plateau en open space, et fond musical radio...Son chef lui a proposé de "donner un coup de main" à un service qui avait du retard, en y passant une partie de son temps de travail. Et la solution s'est finalement pérénisée. Elle, elle était plutôt contente de changer d'activité, et le service en question d'avoir un salarié de plus pour faire avancer les choses. Sauf que, comme elle occupait finalement son poste sur le plateau à temps partiel , son chef décide de la changer d'équipe pour équilibrer les temps de travail. Et là, elle ne trouve pas ça correct, elle est en colère. Elle explique qu'elle était d'accord pour "rendre service", qu'on était bien contents de la trouver à ce moment là, et que maintenant, elle est mise dans une autre équipe du plateau (avec qui elle ne veut pas travailler) à cause de cette nouvelle situation. En fait, cela lui a demandé de s'adapter à un nouveau travail dans le nouveau service, mais elle gardait ce qu'elle avait pu construire sur le plateau pour supporter ce travail: les coopérations avec les autres, la connaissance des dossiers. Changer d'équipe c'est devoir s'adapter à nouveau, investir dans de nouvelles coopérations parfois difficiles à mettre en oeuvre, connaitre de nouveaux dossiers, et être considérée comme une nouvelle alors qu'elle fait ce travail depuis longtemps. Un peu comme si elle était punie alors qu'au début, elle avait accepté quelquechose dont elle dit que c'était pour "rendre service".
Je ne suis pas sûre d'avoir pu tout comprendre,mais ce que j'ai pu entendre était déjà signifiant. J'ai essayé avec elle d'analyser ce qui pouvait l'agacer le plus, et ce qu'elle pouvait envisager pour trouver une solution, ou pour vivre la situation de manière plus sereine. J'ai essayé de l'emmener vers l'idée que chaque salarié est acteur dans sa vie sociale: ne pas tout subir. Aider un chef à trouver une solution qui convient aux deux personnes, ce n'est pas obligatoirement lui marcher sur les pieds !
En fin de consultation, j'ai reposé la question de l'hiver du début, elle m'a expliqué que c'était bien pour "dire quelquechose". Elle ne voulait pas aborder la question du travail. Je le respecte dans toutes les consultations où le travail ne peut se dire...et parfois encore moins se penser. L'équilibre est parfois à ce prix. Ma porte est ouverte.
Même l'hiver.
Commentaires
Ah! Le temps ! Sujet idéal pour amorcer la conversation.
Tiens,au fait, il ne pleut toujours pas chez nous ! C'est la sècheresse ! ;-)
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