Je suis revenue dans mon service, le temps de reprendre mes repères...Je vous remercie de vos encouragements, je vais enfin raconter cette histoire qui commence un peu à dater...pour pouvoir continuer ce carnet avec les histoires au fil des journées, des consultations, et des questionnements qui apparaissent (comme celui, récent, sur le médecin qui a été mis en examen...).

Je suis donc allée voir le patron du salarié en souffrance, en prévoyant un rendez-vous en deux temps: d'abord avec le patron pour faire connaissance, me présenter comme c'était la première rencontre, et ensuite, avec le salarié. La première partie du rendez-vous, le patron m'a expliqué que la qualité du travail du salarié s'était dégradé, et, photos à l'appui, m'a démontré que ce salarié ne le satisfaisait plus. Il a aussi évoqué les négligences vestimentaires, les attribuant essentiellement à des événements de vie privée. Il a expliqué tout ce qu'il avait pensé faire de bon pour ce salarié, quitte même à lui payer des vêtements neufs ! Mais rien n'y faisait, le salarié n'allait pas mieux. Il ne comprenait pas du tout.

Avec le salarié (qui était toujours en arrêt), le rendez vous m'inquiétait un peu, je ne savais pas très bien comment interpréter les éléments des deux côtés vus séparément, ni comment j'allais pouvoir les conseiller pour que cela s'améliore.
En fait, j'ai juste posé une question détonateur au salarié: est ce que vous pensez pouvoir reprendre le travail au poste que vous occupiez avant ? Et la réponse m'a suprise: "ah ben non, puisque j'ai bien vu comment l'apprenti s'est fait engueuler l'autre jour !"...??? Ca alors, c'est un autre salarié qui se fait reprendre et c'est lui qui ne veut pas reprendre son poste, là, je ne comprenais pas du tout, et tout c'est éclairci rapidement. Une conversation houleuse s'est déclanchée entre le salarié et le patron, ils étaient en train de laver leur linge sale, comme s'ils n'avaient jamais pu parler ensemble vraiment. (Confort moyen!)

La femme du patron, secrétaire dans l'entreprise, qui travaille dans un bureau voisin, est arrivée dans le bureau pour se joindre à la conversation. Le patron m'annonce qu'il va cesser une partie de l'activité de l'entreprise parce que les salariés travaillent mal. Je me suis dit que c'était vraiment le monde à l'envers: le travail est mal fait, et alors, on change l'activité de l'entreprise pour convenir aux salariés ???
Ce qui m'est apparu franchement à ce moment-là, c'est que le patron voulait être "gentil". Il voulait que cela se passe bien dans l'entreprise, il avait vraiment le souci de chacun au point de ne prendre aucune sanction, et trouvait les salariés plutôt ingrats. Je lui ai signifié mon étonnement de l'absence de sanctions face aux fautes de travail ou de non-respect des règles normales de travail, il m'a dit qu'il ne voulait pas être un "sale con de patron", je cite, parce que cela m'a vraiment choqué d'entendre un chef d'entreprise parler de son poste et des autres patrons de cette manière.

Je lui ai donc fait les recommandations suivantes:
-faire respecter les règles normales de travail dans une entreprise, ce n'est pas être "méchant", c'est normal.
-ne pas considérer que les salariés sont là pour être gentils, mais pour faire du TRAVAIL donc il faut que ce travail soit fait, les salariés jugés sur leur travail et non sur leur personne. (c'est-à-dire qu'ils peuvent être bons et mal sappés, par exemple, si cela ne gène pas le fonctionnement de l'entreprise).
-arrêter d'interpréter les affaires dans son entreprise d'un point de vue affectif.

J'ai conseillé au salarié d'essayer de reprendre goût à son travail, et d'essayer de mieux signaler les difficultés rencontrées dans la réalisation des tâches avec le patron. Exposer un problème de réalisation du travail, ce n'est pas être "méchant", c'est se donner les moyens de faire son travail et d'être reconnu pour cela, les patrons n'ont parfois pas pensé à tout !

Depuis lors, le salarié a repris le travail, il n'est plus en arrêt.
Pour des raisons d'organisation de mon service, je ne suis plus cette entreprise...