31 août 2006
Glloupssss !
Petite histoire...qui fait faire gloupsss (à moi en tout cas !).
J'ai pris l'habitude de poser la question "A quoi sert le médecin du travail ?" à tous les salariés de mon secteur. C'est l'occasion de savoir ce que sait le salarié, ce qu'il attend, et à moi de définir les missions, d'expliquer ce qu'on vient faire là ensemble: de la prévention des risques professionnels, des liens entre la santé et le travail, avec différents modes d'action, les consultations et les "actions en milieu de travail" qui peuvent être diverses (soit visite d'entreprise pour être au plus près du "terrain", soit formations, recherches, etc, cela peut-être adapté aux besoins des uns et des autres).
Généralement, cette question surprend, surtout venant d'un médecin du travail. On me répond: "c'est pour voir si on est apte", ce que je balaie facilement d'un revers de main, puisque je considère - comme d'autres, que c'est un concept vraiment polluant et inutile de nos consultations, j'en reparlerai un autre jour. D'autres me répondent que c'est pour un bilan de santé, ce qui n'est pas complètement faux, mais à condition qu'on puisse faire des liens avec le travail (la gynéco, donc, c'est rare, à moins que...). Finalement, c'est l'occasion de faire le point sur la question des missions du médecin du travail et c'est vraiment intéressant...surtout pour les années que l'on va passer ensemble, d'autant que je n'ai pas encore décidé de m'ennuyer !
Mais ce matin: gllloupppssss !
-"est ce que vous savez à quoi sert le médecin du travail ?"
-"oui"
-"à quoi, alors?"
-"à aider les patrons à virer les salariés !"
-glloupsss-"???"
-"ben évidemment, officiellement, ça a l'air de rien, mais dans un petit restau, les choses se font..."
-re-glouppss "en tout cas, pour ma part, si vous me voyez au restau avec un patron, ce ne sera pas pour ça, et en plus, c'est que j'ai une idée de là où je veux aller, moi !" (et entre nous, ce n'est pas demain la veille, récit ici en direct si cela se produit, mais ne révez pas trop.)
Je n'en ai pas su plus, sa méfiance l'a poussé à être prudent, je suppose que des années seront nécessaires pour qu'il puisse raconter plus de détails. Signe d'une détresse importante, avec une histoire de travail cahotique, pleine de douleurs en tout genre, je n'ai pas décidé de le convaincre à tout prix, je suis vraiment persuadée que le respect sera beaucoup plus convainquant que n'importe quelle croisade...mais quand même, sur le moment, ça fait glloupppsss.
Une autre histoire bientôt parce que c'est déjà suffisant pour réfléchir pour ce soir, non?
24 août 2006
Secret professionnel et entreprise
Suite à la demande d'un journaliste, je vais essayer de décrire les différentes situations qui peuvent concerner le secret professionnel du médecin du travail.
D'abord, ce secret réside entre le médecin et le salarié en ce qui concerne son état de santé. Le médecin a quand même l'obligation de rendre des comptes sur l'état de santé de ses salariés dans son entreprise. Il faut donc savoir rendre des compte sur l'état de santé de manière globale. Des statistiques (20% des salariés souffrent de troubles musculo-squelettiques par exemple) ne trahissent pas le secret médical et cela permet ensuite de modifier l'activité ou la prescription de travail pour éviter la survenue de ces pathologies. Alors, il existe une politique de prévention en rapport avec la santé des salariés. Il faudrait qu'elle ait lieu avant les troubles mais il est important de corriger des situations pathogènes. Cela m'est déjà arrivé de reprendre tous les dossiers médicaux d'une entreprise pour pouvoir en faire des données collectives. C'est une des raisons pour laquelle je laisse des traces dans mes dossiers. Reste à trouver quels sont les éléments importants à noter...Mais cela n'est vraiment possible que dans les entreprises où le nombre ne fait plus doute. En effet, dire que 20% des salariés ont des TMS dans une entreprise de 5 personnes, par exemple, cela laisse supposer qu'il n'y a qu'une personne qui souffre et cela la désigne rapidement. C'est le début des difficultés.
Ensuite, ce qui devient vraiment plus difficile, c'est lorsqu'il s'agit d'un cas particulier, pour lequel on va devoir demander un aménagement de poste, mais sans dire la pathologie. Alors qu'on est en train d'expliquer que la personne doit utiliser le moins possible son poignet droit, on ne dit pas la pathologie, mais au moins l'endroit où elle a mal. Alors, cela devient vraiment savonneux. Le pire, c'est si le DRH finit par dire "pas de cachoterie avec moi, je sais bien qu'elle a un "canal carpien" " ...s'esquiver au plus vite est vraiment la solution. Pour ma part, je recentre la discussion sur autre chose que de nommer la pathologie: l'important est vraiment de trouver une solution pour la personne à son poste. Dans ce cas, il est question de souffrance physique, mais quand le médecin du travail doit intervenir pour une situation de souffrance mentale, cela devient encore plus difficile. Aborder le sujet sans trahir le salarié, tout en décrivant ce qui pourrait être mauvais pour la santé, devient vraiment accrobatique du côté du secret. Il est sans doute préférable de privilégier la présence d'autres personnes, alors témoins de ce que l'on peut dire ?
Enfin, la dernière situation à laquelle je pense spontanément, c'est quand même les déclarations en maladie professionnelle ou bien en accident de travail. Dans ce cas, l'employeur connait la pathologie, la situation est sans doute moins compliquée pour ce qui est du secret.
Le médecin du travail doit aussi garder le secret de ce qui lui est confié dans le cadre de ses visites d'entreprise, de ses entretiens avec les différents partenaires de l'entreprise. C'est un autre volet du secret professionnel du médecin du travail, et pas moins important.
Est ce que cela vous inspire d'autres questions ?
04 août 2006
De la suite dans les idées...
De la suite dans les idées...c'est ce dont a besoin un médecin du travail. La trame de fond de son métier est la prévention des risques professionnels par l'adaptation du travail à l'homme. Pour y parvenir, l'activité du médecin du travail tourne autour de cet objectif à ne pas perdre de vue. Il faut donc à la fois savoir s'adapter aux différentes situations des entreprises, trouver la bonne stratégie pour parvenir au même objectif. Pour cela les consultations sont une source inestimable de renseignements sur le réel de l'entreprise à travers les yeux des salariés, à nous de savoir poser les bonnes questions...Et l'activité de terrain qui reste aussi un moyen de comprendre le travail. Ensuite, le temps fait le reste, il faut donc avoir de la suite dans les idées (et donc des idées!).
Depuis début juillet, j'ai effectué un certain nombre de visite d'entreprise et de chantier de travaux publics. Je suis agréablement surprise par l'accueil qui est fait à un médecin dans les entreprises. Comme je viens juste d'arrriver dans ce service, je fais connaissance avec "mes" entreprises, et "mes" salariés, cela me rend encore plus enthousiaste...et cela permet aussi de prendre de l'énergie pour les entreprises où il va falloir avoir...de la suite dans les idées !
Pour l'instant, pas de nouvelle de l'entreprise E du côté de la direction. Par contre, de nombreuses visites de reprise après arrêt de travail pour accident ou pour maladie, et d'embauche - pour compenser les démissions...je dénombre aussi de nombreuses pathologies articulaires à cause de l'activité de travail. Je compte, je compte, et après je rendrais compte à l'entreprise. Il est possible que les chiffres qui peuvent être transformés en coût, en euros, puissent être mieux compris par la direction, pour l'instant. Je prépare un travail de fond, mais j'ai...de la suite dans les idées.
D'ailleurs, je dois remercier ici ma direction qui a acheté des ordinateurs pour les médecins du service, ce qui me facilite le travail pour beaucoup de tâche et me permet de faire ma recherche documentaire.
...de la suite dans les idées, il en faut ici, puisque la mise en page ne permet pas de retrouver ce qu'on a mis 10 minutes à écrire quand cela s'efface, donc c'est la troisième version de cette note !!
Pour répondre à Nicolas, j'ai effectivement choisi de travailler en service inter-entreprise plutôt qu'en service autonome. Je trouve que la position d'un médecin du travail en service autonome est plus difficile, en tout cas de ce que j'en connais. En effet, être le salarié dans une entreprise qui doit conseiller le chef d'entreprise sur le travail et dépendre de lui pour ses propres conditions de travail me parait difficile. Comme je suis un médecin du travail débutant, j'ai préféré "rouler ma bosse" dans un service inter-entreprise. Conseiller un chef d'entreprise, c'est aussi parvenir à penser le travail dans son entreprise, et il me parait mon compliqué de penser le travail dans une entreprise quand je n'y suis pas moi-même. J'ai l'impression que je prends moins de risque direct pour mon emploi quand je dois emettre des critiques sans dépendre de la personne que je critique, et je comprends mieux les événements en étant à l'extérieur: il y a des éléments qui échappent au médecin du travail en étant en dehors des entreprises, c'est vrai, mais cela permet de penser les choses avec plus de recul. Dernière chose, il est sans doute possible que le fait d'avroi plusieurs entreprises qui ont la même activité, me permette de comprendre que d'autres méthodes sont possibles et d'élargir mes connaissances sur le domaine d'activité, sur les moyens de prévention pour cette même activité, et donc de faire progresser les entreprises pour l'amélioration des conditions de travail dans le but de la prévention des risques professionnels ...(de la suite dans les idées !).
