Petite histoire...qui fait faire gloupsss (à moi en tout cas !).

J'ai pris l'habitude de poser la question "A quoi sert le médecin du travail ?" à tous les salariés de mon secteur. C'est l'occasion de savoir ce que sait le salarié, ce qu'il attend, et à moi de définir les missions, d'expliquer ce qu'on vient faire là ensemble: de la prévention des risques professionnels, des liens entre la santé et le travail, avec différents modes d'action, les consultations et les "actions en milieu de travail" qui peuvent être diverses (soit visite d'entreprise pour être au plus près du "terrain", soit formations, recherches, etc, cela peut-être adapté aux besoins des uns et des autres).

Généralement, cette question surprend, surtout venant d'un médecin du travail. On me répond: "c'est pour voir si on est apte", ce que je balaie facilement d'un revers de main, puisque je considère - comme d'autres, que c'est un concept vraiment polluant et inutile de nos consultations, j'en reparlerai un autre jour. D'autres me répondent que c'est pour un bilan de santé, ce qui n'est pas complètement faux, mais à condition qu'on puisse faire des liens avec le travail (la gynéco, donc, c'est rare, à moins que...). Finalement, c'est l'occasion de faire le point sur la question des missions du médecin du travail et c'est vraiment intéressant...surtout pour les années que l'on va passer ensemble, d'autant que je n'ai pas encore décidé de m'ennuyer !

Mais ce matin: gllloupppssss !

-"est ce que vous savez à quoi sert le médecin du travail ?"

-"oui"

-"à quoi, alors?"

-"à aider les patrons à virer les salariés !"

-glloupsss-"???"

-"ben évidemment, officiellement, ça a l'air de rien, mais dans un petit restau, les choses se font..."

-re-glouppss "en tout cas, pour ma part, si vous me voyez au restau avec un patron, ce ne sera pas pour ça, et en plus, c'est que j'ai une idée de là où je veux aller, moi !" (et entre nous, ce n'est pas demain la veille, récit ici en direct si cela se produit, mais ne révez pas trop.)

Je n'en ai pas su plus, sa méfiance l'a poussé à être prudent, je suppose que des années seront nécessaires pour qu'il puisse raconter plus de détails. Signe d'une détresse importante, avec une histoire de travail cahotique, pleine de douleurs en tout genre, je n'ai pas décidé de le convaincre à tout prix, je suis vraiment persuadée que le respect sera beaucoup plus convainquant que n'importe quelle croisade...mais quand même, sur le moment, ça fait glloupppsss.

Une autre histoire bientôt parce que c'est déjà suffisant pour réfléchir pour ce soir, non?