30 mai 2006
Aaah ma bonne dame...
J'ai visité une enterprise ce matin de 250 salariés. L'accueil de la direction a commencé par la plainte, toutes portes ouvertes sur un salarié qui pose problème depuis...trois ans...et qui vient de faire une déclaration de maladies professionnelles (ce qui représente le comble de l'affront ici, semble-t-il. Non pas qu'il ait une "vraie" maladie, il n'en ait pas question, mais alors que cela puisse provenir du travail est carrément tabou !
La suite de la visite m'a montré que les conditions de travail sont difficiles, qu'il ya des endroits dangereux (le toit d'un magasin sert aussi de magasin, le garde coprs laisse la place pour monter une palette, mais sans barrière à cet endroit). La manutention est importante, le bruit empèche de bien se comprendre, même loin de la pire des machines (impossible à coffrer ?).
Le pire que j'ai constaté, ce n'est ni la manutention, ni le bruit, mais le mépris de la direction pour ses salariés, bien déraisonnables, d'ailleurs, la preuve, "c'est qu'il faut les voir mettre la radio à fond dans leur voiture, alors le bruit dans l'entreprise, c'est rien !". Et la manutention, "il faut bien, et puis, ici, c'est moins pire qu'en extérieur !" (certes...).
Arriver à garder son sang froid pour répondre poliment que ce n'est pas la question, ni la responsabilité de l'employeur...grrr. Deux heures à entendre sans faillir le "vomi" de cette personne de la direction au sujet de ses salariés....honnetement, c'est difficile. Maintenant, je dois garder mon rôle de "conseiller", de "préventeur" calme, frais et dispo, alors qu'à l'intérieur je n'ai envie que de partir de là vite fait pour hurler la colère face à tant d'injustice !
Tout s'est passé de manière courtoise. Je vais rédiger un courrier de compte-rendu de cette (atroce) visite, mais je sens qu'un gouffre idéologique nous sépare, le compromis s'avère difficile.
Et, tu vois, Béréno, que là, sans danger immédiat, je ne peux pas trahir le secret professionnel en appelant l'inspecteur le plus proche. En plus, semble-t-il, il s'est déjà faché avec eux, et manifestement eux avec lui...donc...à lui de m'aider aussi, non ?
La suite plus tard.
26 mai 2006
A quoi sert le médecin du travail ?
Voilà la question que je pose à chaque nouvelle consultation puisque je prends connaissance de mon secteur. Je veux tout de suite mettre fin à un malentendu entre les salariés de mon secteur et moi: en particulier à ce à quoi ils doivent s'attendre de moi dans l'exercice de mes missions.
La plupart du temps, ils sont surpris qu'on leur pose la question, après un léger silence marquant cette surprise, ils acceptent de dire ce qu'ils pensent être la réponse du "bon élève"...: "c'est pour un contrôle" (!), ou bien "c'est pour savoir si on est en bonne santé" (re-!), ou encore "c'est pour savoir si on est apte" (...) ou finalement "c'est pour...(je viens de poser 10 minutes de question sur le travail) ...savoir si tout va bien dans les conditions de travail"...snif.
Je ne SUIS PAS un médecin de contrôle
Je suis effectivement Médecin
J'en ai rien à faire de l'aptitude qui crée entre nous un immense malentendu, mais pour l'instant, on a pas trouvé de solution pour les cas où les restrictions d'aptitudes sont nécessaires, ou pour remplacer les mécanismes de licenciement pour inaptitude médicale...blabla, je ne SUIS PAS juriste. (cf supra, je suis effectivement (seulement) médecin).
Je sais bien que vous savez mieux que moi si vous êtes aptes, et je ne sais pas du tout la valeur scientifique du dépistage a priori à travers l'entretien et l'examen du corps si je peux savoir si - ou non - vous êtes en bonne santé alors que vous n'avez pas de symptômes.
Par contre, je tiens absolument à commencer dans mon secteur à rectifire tout malentendu sur mes missions, et sur ce que j'entends faire à ce poste de médecin du travail: c'est à dire ce qui est prescrit par le code du travail: article L 241-2: "Les services de santé au travail sont assurés par un ou plusieurs médecins qui prennent le nom de "médecins du travail" et dont le rôle exclusivement préventif consiste à éviter toute altération de la santé des travailleurs du fait de leur travail, notamment en surveillant les conditions d'hygiène du travail, les risques de contagion et l'état de santé des travailleurs."
J'espère ainsi pouvoir travailler avec les employeurs et les salariés dans mon rôle de conseiller de santé au travail. Et non pas comme tout ce que tout le monde essaie d'imaginer tout le temps (y compris bon nombre de médecins du travail).
Utopie?
23 mai 2006
Du nouveau !
J'ai obtenu des dossiers pour ranger les quelques documents concernant mes entreprises, rangés ainsi par ordre alphabétique. Mes consultations me donnent matière à savoir ce qui va être nécessaire dans ces entreprises: cela détermine des priorités, les entreprises où il est urgent d'aller pour parler de santé au travail, et les autres qui en font déjà.
Certaines de mes entreprises ont l'air d'avoir besoin d'aide bientôt, les salariés ne semblent pas avoir ce qu'il faut (certains se payent même leurs chaussures de sécurité). Comme je ne suis pas l'inspecteur du travail, sauf danger immédiat, je vais commencer par prendre rendez-vous, me présenter. D'ailleurs, un employeur mécontent de l'absence de médecin du travail dans le service à mon poste pendant 6 mois, a téléphoné pour savoir si on prenait la responsabilité de ses visites d'embauche "hors délai". J' ai pris rendez vous avec lui pour qu'il me parle de ses inquiétudes et je lui ai quand même rappelé que si l'inspection du travail ne trouve que cela a lui reprocher, ce sera plutôt indulgent. Non mais.
Les salariés que je rencontre sont vraiment disposés à parler de santé au travail, alors, bien sûr, il y a les préssés ou les conditionnés, qui commencent parfois la consultation par un "j'me mets à poil tout de suite, là?", question à laquelle je réponds que j'ai besoin de faire connaissance d'abord. Mais dans l'ensemble, tous sont prêts à décrire l'activité, répondre aux questions, expliquer. Même avec poésie, humour, et sourires attendris.
13 mai 2006
Pas ce soir, j'ai la migraine ?
Alors que j'ai demandé à un salarié s'il prenait des médicaments:
-"oui, j'en prends de temps en temps, ...du Doliprane quand j'ai mal à la tête...comme les femmes, quoi..."
-"Comme les femmes ?"
-"Ben oui, les femmes, elles ont tout le temps mal à la tête"
-"...???...!!!"
Je suis intriguée par la banalisation de ces maux de tête. Et en plus venant d'un homme qui se plaint donc de maux de tête "comme les femmes". Quelle référence culturelle, quelle croyance fait que les femmes auraient toutes mal à la tête ? (Pas ce soir, j'ai la migraine ?)
Je n'en saurai pas plus pour cette fois ! (mais je n'en ai pas mal à la tête !!)
Un autre un peu plus tard:
-"Au boulot, je ne compte pas mon temps, je ne dis d'ailleurs jamais non quand on me demande d'être disponible, je viens, mais je pose mes conditions, je dois aller à l'école le matin et le soir pour mes enfants, et ...je n'aime pas qu'on me dise non !" Petite phrase pleine de contradictions, je n'ai pas relevé, mais j'ai trouvé ça amusant. Le reste de la consultation a été d'un ton plus grave, il m'a expliqué à quel point il a pu construire sa santé au travail puisqu'ayant vécu un drame dans sa vie privée, il a pu "tenir le coup" grâce à son travail. Comme quoi, c'est possible.
10 mai 2006
Somatisation ?
Intéressante phrase proposée par une salariée, femme du chef d'entreprise. Depuis les années 80, ils portent leur "boite" à deux. Mais DRH pour gérer 40 salariés, ce n'est plus juste "conjoint-collaborateur"...
-"Ce métier est devenu trop lourd pour mes épaules...c'est pour ça que j'ai mal au dos..."
J'ai trouvé cette explication délicieuse. Une pensée, un lien était fait ? Se l'était-elle dit avant de venir me voir, ou bien est-elle ressortie en se demandant où est ce qu'elle avait bien pu chercher tout ça ?
Je viens de voir que le blog de l'inspecteur du travail continue, la parole lui est revenue, c'était juste un coupure momentanée du son. Bien !
05 mai 2006
Sombre journée !
D'abord, le blog de l'inspecteur du travail s'est arrêté, alors qu'il suscitait des débats sur le travail avec une chronique presque quotidienne. Le travail vu par un inspecteur du travail, surtout avec les récits nombreux -trop - de violences, de coups bas, de lâchetés, de pleurs, de traumatismes, et le questionnement de tous ceux qui venaient lire. La fin du blog aujourd'hui a déjà suscité plus d'une centaine de commentaires. Va-t-il vraiment renoncer ? Des menaces l'ont fait taire, alors qui parlera ?...je reste amère.
Ensuite, je viens juste de prendre un poste dans un service de Santé au Travail, un service interentreprise. Les conditions de travail sont plutôt bonnes, j'aimerais juste avoir un accès internet, ça viendra peut-être, patience. Sauf pour ma secrétaire qui a un poste anti-ergonomique, neuf, mais ...booonn. On verra plus tard... (PLus tard, plus tard, c'est bien ce qui m'énerve en médecine du travail, mais je m'y fais). Par contre, j'ai ouvert aujourd'hui avec horreur les boites à archives des entreprises qui me sont attribuées... tout est envrac, pas rangé, d'ailleurs, il y a peu de traces. Peu de fiches d'entreprises, d'ailleurs, il y a l'épaisseur de 4 ramettes en vrac, juste trié par nom alphabétique d'entreprise. Rien antérieur à 2003 semble-t-il. Mais alors qu'est il arrivé au reste des documents, détruits, sans doute. Toute cette floppée de papier à trier me donne la nausée, je vais commander des pochettes...250 pochettes...Ca me glace de penser que le travail en milieu de travail fait avant moi ait pu disparaitre et que je sois obligée de commencer comme si rien n'avait eu lieu avant. J'imagine déjà la gueule des entreprises quand je vais leur dire ça !
Sans compter que je suis en train de commencer à recevoir en visite de reprise des salariés qui vont nécessiter beaucoup d'action en milieu de travail... et beaucoup de délicatesse aussi !
Je relève mes manches, volontiers, mais ouhlala, il va falloir en mettre un coup ! (j'en ai jusqu'en 2008 sans problème...!)
A suivre !
