Carnet d'un médecin du travail

Partager ce que je découvre au coeur de mon métier

11 janvier 2006

La machine à aptitude

Je vous explique le contexte: je dois remplacer des collègues absents pour cause de "démarche compétence" dans mon service. Ok.

Mais je ne connais ni leurs entreprises, ni leurs salariés, ni les risques, ni la surveillance nécessaire. Mais pour leurs quelques jours d'indisponibilité, je dois compenser les visites qu'ils ne feront pas, décision du directeur en leur faveur.

Alors, quel contenu pour ces visites, sachant que certains plannings ne me donnent que 15 minutes pour faire un entretien, un examen, et un papier (avec un peu de saisie informatique parce que je fais du zèèèle).

A ce temps, là, moi je propose une solution plus vivable sur le plan économique: la machine à aptitude, et comme ça, je libère mes compétences pour faire du VRAI travail.

Voilà le style de l'engin: genre urinoir automatique, on rentre dedans avec un jeton. Déjà, faut pouvoir, et sinon, pas de papier d'aptitude, c'est qu'on est inapte, viré. voilà.

Après, on rentre dedans, et on tape des données dans un ordinateur: avez vous des antécédents médicaux oui/non, avez vous été opéré, fumez vous, quel poste occupez vous dans quelle entreprise (à moins que cela ne soit sur le jeton), avec des caractèrees de plus en plus eptit pour faire visiotest en meme temps.

Après, la machine fait mettre à poil, "pissez là", elle répond le poids et la variation ("vous avez pris..5 kilos" (enceinte de 5 mois)), dès qu'on met les pieds sur la zone rouge au sol (apres le pipi, soyons gentils), il faut mettre les mains au plafond, puis au sol, on met son doigt dans un appareil qui prend le pouls et la tension, un colorimetre prend la couleur de la conjonctive, et un embout calcule l'alcoolémie, et pour certaines machines perfectionnées, la machine palpe les seins (faisons un peu de "santé publique" que diable), à l'issue de tout cela, la machine ordonne de se rhabiller et hop, on sort avec le papier, apte, à moins que cela ne soit un tatouage transitoire sur une partie du corps (le front, pourquoi pas).

Voilà, et les autres, les autres, ben, pas aux normes...pas de solution.

Voilà comment finalement je dois me dire que 15 minutes, c'est presque beaucoup pour voir l'aptitude, ne parlons même plus d'évaluation du risque ni de conseils de prévention, et encore moins de vécu du travail, et sans compter tous ces médecins qui sont en retard, qui dérangent les entreprises en ...quoi??? prenant du temps pour les salariés...je crois que je n'ai rien compris à mon travail. (???)

Parmi les médecins que je remplace, rare sont ceux qui me disent ce qui va être mon job pour eux, le message est clair, je dois faire 1% de leur total de visite, le contenu est peu important, c'est le résultat, l'absence de retard dans l'effectivité des visites de leur effectif. Je rappelle qu'ils sont dans une "démarche compétence"...Et que la facturation des services de santé au travail est souvent calculée en terme de visite, et non pas de service médical...dommage...

En tout cas, dès demain, je continue, et j'ai vraiment honte d'entendre en plus les salariés dire "merci"...c'est ça au revoir...grrr...vivement que ce temps soit passé, que je puisse faire VRAIMENT mon travail !

(Et si vous voyez votre médecin bientôt, dites lui si vous pensez qu'il pourrait être remplacé par la machine !)

Posté par sentinelle à 23:00 - Des indignations - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Et la confraternité ?

As tu un moyen de pouvoir exprimer ton sentiment de frustration auprès de tes collègues car réellement, ce n'est pas sympa et confraternel de t'avoir imposé cela ! Mais c'est peut-être le genre de visite qu'ils font... enfin, je ne l'espère pas ! Vont-ils pouvoir associer démarche de compétence et réflexion sur leur façon de travailler ? A que de questions....

Posté par Andante, 12 janvier 2006 à 10:55

Je parcours votre blog et en profite pour mettre ma graine sur un sujet qui m'interpelle.
Votre machine ne pourrait pas faire l'affaire car elle ne demande pas l'autorisation pour palper les seins. Il me semble que c'est quand même à la liberté des salariés.

Et vous êtes vous demandée ce que vous diriez devant un salarié qui refuse d'être examiné physiquement?

Posté par docteur gégé, 27 avril 2006 à 00:48

Pour cette machine:

Pour cette machine, c'est simple, pas d'examen, pas de fiche d'aptitude, terminé.
Dans mes consultations, soit l'examen est indispensable, et je l'explique, soit il ne l'est pas, et je n'en fais pas contre l'avis des salariés. Il peut arriver que je trouve moi même que cet examen puisse être reporté ou bien qu'il n'apporte rien a une consultaiton qui a déjà du sens. Dans ce cas aussi, cela doit être abordé. La confiance se mérite, et je ne suis PAS une machine !

Posté par sentinelle, 27 avril 2006 à 15:31

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