Première journée avec les intérimaires. Des interim choisis, des interim subis, des interims pour rebondir, se reconstruire après une expérience destructrice de travail.

   Une partie de mon questionnement sur les rapports entre les médecins, et le cadre reglementaire des visites a été vite résolu avec un bon dossier de l'INRS récapitulatif ("aide-mémoire juridique"). Les Entreprises de Travail Temporaire (ETT) ont leur propre médecin du travail, les Entreprises Utilisatrices(EU) le leur. Par contre, les visites faites par le médecin de l'ETT sont des visites d'embauche, annuelle, ou de reprise. La "surveillance médialce renforcée" est effectuée par le médecin de l'EU. AAAh.
Et pour les visites d'entreprises, les études de postes, on s'organise entre médecins, à condition d'avoir du temps pour se rencontrer ?...on verra.

   Cette journée s'est passée comme une journée de visite de salariés non intérimaires. De mon point de vue, plutôt bien. J'ai noté des choses à transmettre aux médecins des EU.

   J'ai rencontré un ingénieur en informatique qui ne voyait pas du tout les risques liés à l'organisation de travail, ne voyait pas du tout le rôle du médecin du travail dans le conseil sur cette organisation. La nuance que je lui est expliquée est la suivante: si les médecins du travail ne savent pas faire le métier de manager, et ce serait bien malhonnête de le dire, ils savent les techniques de management par le stress qui sont susceptibles d'entraîner des troubles sur la santé, et en cela, ils peuvent conseiller. Par ailleurs, ils peuvent aider dans certaines situations de travail en train de déraper avant de se rendre sur le terrain juridique. L'alarme donnée par un manager ou par un salarié par un situation de travail qui se cristallise peut mériter de s'arrêter avec quelqu'un qui se situe à l'extérieur, sur le champ de la santé. Et santé mentale aussi. Finalement, je crois qu'il est reparti avec cette idée que le médecin du travail n'est pas là pour l'aptitude seulement, ce sera déjà bien. Et si en plus, dans son travail futur de manager, il fait appel au médecin du travail quand il sent que cela lui échappe, j'estime que ce sera encore mieux. Reste à savoir si l'interlocuteur de ce jour-là sera disponible pour ça.

   Un intérimaire m'a expliqué que certains salariés intérimaires devait acheter leur tickets-restau à l'EU ...mais en liquide??? Aucune idée de ce que je dois faire de cette info, mais ça me parait bizarre, je sais que l'entreprise en question n'est pas extra mais pourquoi exiger du liquide pour des TR ? Pourquoi la salariée a été me dire ça - il y a surement une raison ...? Je ne vois pas de rapport direct avec la santé au travail, alors quel chemin ? Je me dis que je comprendrais plus tard.

   J'ai rencontré deux personnes agents de production industrielle, un de 37 ans ravi de son sort, me racontant comme il était malheureux chez le voisin d'en face, avec tous les plans licenciements (70 licenciements en même temps que le sien), avec la pression d'un grand groupe qui rachetait une entreprise familiale à échelle humaine, avec une dégradation du climat social et de santé mentale des "anciens" contre les "nouveaux". Alors, pour lui, ce boulot, génial. Le suivant, même entreprise, mais 23 ans, célibataire, plutôt en intérim pour rester un peu "nomade", disant pis que pendre de cette entreprise, dangereuse, sale, où on est mal traités et malpayés, etc. ...et même s'il lui proposent un CDI, il n'en veut surtout pas. Je veux introduire ici la subjectivité par rapport au travail, chacun son sens du travail, chacun vit avec ses expériences antérieures, ses exigences, ses besoins. Je les respecte tous les deux, j'ai noté les anomalies, et je ferai mon enquête pour avoir une idée du réel, de mon réel à moi, avec ma propre subjectivité. Par contre, il y a une chose que je pense profondément, c'est que les deux ont raison. Question de point de vue. Ma mission n'est pas de juger ce qui m'est livré avec d'ailleurs beaucoup de confiance, mais plutôt de sentir si leur santé est en danger du point de vue de la santé mentale, et sur le plan des risques, d'aller voir. J'irai.

Et le soir, cerise sur le gateau, appel de collègues pour un congrès de médecins du travail, histoire de contruire un métier ensemble, yeeeees !